COLLOQUE : LAICITE & ISLAMS

Actes du colloque Conference proceedings Jeudi 04 juin 2015 Assemblée Nationale National Assembly

Fidèle à sa vocation d’animer librement des débats aux thématiques inédites et originales, l’Académie de Géopolitique de Paris a choisi de faire bénéficier son auditoire des travaux des meilleurs spécialistes sur la délicate question de l’instrumentalisation de la religion musulmane à des fins de déstabilisation de régions entières ainsi qu’à l’intérieur de sociétés jusque-là préservées. De même, la question de la place et de l’interprétation de la laïcité selon les intérêts et les conceptions antagonistes a été posée d’autant que la laïcité est elle aussi l’objet d’appropriations militantes et intéressées. Comme à son habitude, l’Académie de Géopolitique de Paris a privilégié une approche pluridisciplinaire et a bénéficié de l’expertise d’analystes en pointe sur ce dossier sensible.

Ce colloque s’est attaché à considérer le phénomène nouveau de l’instrumentalisation des différentes branches de l’islam pour créer des conflits confessionnels de haute intensité, de l’utilisation de la violence systématique comme mode d’affirmation de la religion jusqu’au travail d’assimilation de l’islam avec le terrorisme. La sorte d’islamophobie qui en résulte apparaît comme un résultat escompté par les commanditaires de ce travail de subversion pour accentuer le chaos, propice à l’exacerbation de violence entre communautés quel qu’en soient les territoires et les théâtres choisis. Il a été nécessaire de se pencher sur les forces en présence de cette opération de manipulation meurtrière, Etats commanditaires, fondations de financement et groupes terroristes ainsi que sur leurs modes opératoires. De nombreuses thématiques liées à cette question sensible de la déstabilisation de la religion à des fins de puissance et d’hégémonie, ont également été couvertes par les analyses pertinentes des nombreux spécialistes, universitaires, personnalités, militaires, diplomates, journalistes, etc. qui ont participé à nos travaux.

Faithful to its vocation to animate freely debates on unedited and original themes, the Paris Academy of Geopolitics has chosen to have its audience benefit from the works of the best specialists on the delicate question of the instrumentalization of the Moslem religion to the ends of destabilizing entire regions and right inside hitherto preserved societies. Likewise, the question of the place and the interpretation of secularism, according to opposed interests and concepts, has been formulated, the more so because secularism also is the object of militant and coveted appropriation and misappropriation. True to its style, the Paris Academy of Geopolitics has yet again privileged a pluridisciplinary approach and has benefitted from the expertise of analysts who are well-honed on this sensitive file.

In particular, this symposium attached itself to considering on the one hand the new phenomenon of the instrumentalization Islam’s different branches, in order to create high-intensity confessional conflicts, and on the other the use of systematic violence as means of affirming religion, to the extent of assimilating Islam and terrorism. The sort of Islamophobia that thereby results, appears as required by the phenomenon’s commanders who exploit subversion in order to accentuate chaos, propitious to the exacerbation of violence between communities, wherever the selected territories and theatres. It has been necessary to focus on the forces provoking this operation of murderous manipulation: conniving States, governments and militaro-industrial complexes, financial sources, and desperate terrorist groups along with their trained modi operandi.

Numerous themes related to this delicate question of religious destabilization toward the ends of power and hegemony, have equally been covered by the pertinent analyses of numerous specialists, academicians, military and civilian personalities, diplomats, journalists, and so forth, who have participated in our works.

Allocution de bienvenue

Jacques Myard, Député de la Nation, Président du Cercle Nation et République.

La question des relations entre le politique et la religion soit au singulier ou mieux encore entre les politiques et les religions au fil de l’histoire de l’humanité s’est posée dans toutes les religions du monde. C’est une constante et pour exemple,  il est intéressant de citer un roi de France qui a déjà inventé avant les républicains la Respublica c’est a dire la chose publique. Ce roi est Philippe IV le Bel dit le roi de Fer…Ses compatriotes de l’époque disait de lui qu’il était de marbre, car il avait du caractère.  A la fin du XIII siècle et au début du XIVème siècle, il a eu un conflit qui est resté célèbre avec le Pape Boniface VIII. L’enjeu était de taille, puisqu’il s’agissait de la possibilité pour le Roi de France de taxer ou de ne pas taxer les biens de l’église dans son royaume. Boniface céda dans un premier temps et accepta après quelques remontrances, que le roi puisse taxer les biens de l’église.  Puis, il s’est ressaisi et le 18 novembre 1302 il proclame dans une bulle qui s’intitule Unam Sanctam, la suprématie de l’Eglise sur l’Etat donc pour tout être humain l’obligation  de se soumettre au pontife, c’est à dire au Pape. La réponse du roi fut directe, il avait pour conseiller ce qu’on appelait des légistes, des gens qui ont une conception de ce qui est l’Etat et de ce qui est l’intérêt général. Après avoir obtenu, sans doute avec un peu de pression,  le soutien des évêques de France et surtout de l’Assemblée des bourgeois à Paris, le roi envoie son légiste Guillaume de Nogaret avec une petite armée en Italie pour s’emparer du Pontife à Anagni qui était sa résidence d’été. Il y a eu un incident relayé par les médias de l’époque. C’est tout de même le roi qui eut le dernier mot et taxa les biens de l’église.. Et depuis, la France a poursuivi la même logique, le pouvoir temporel ne saurait être primé par le pouvoir spirituel de la papoté. Bien sur, après la révolution, tout cela a été acté le 9 décembre 1905 dans cette fameuse loi de séparation des églises et de l’Etat.  la France est en conséquence, aujourd’hui un État laïc et fier de l’être. Mais cela ne veut pas dire qu’elle ignore les religions. Cette loi de 1905 n’est pas une loi qui va rejeter les religions  mais c’est une loi qui sacralise la liberté de conscience, c’est à dire la possibilité pour chacun d’entre nous de choisir sa religion, d’en changer s’il estime devoir le faire,  ou de ne pas en avoir. C’est donc une loi de liberté pour chaque citoyen. Chaque citoyen étant libre de sa religion mais n’a pas à l’imposer à l’autre.

Chacun a sa religion, il ne l’impose pas aux autres, respecte celle des autres et exprime sa religion comme il l’entend. La loi 1905 n’a pas eu sur le fait que la loi de 1905  n’a pas eu pour effet de bannir les religions du paysage. Aucune église n’a été détruite avec la loi 1905, alors que sous la révolution c’était un peu plus violent. Aucune église, aucun temple ni synagogue n’a été détruite.  La société et l’Etat vivent en symbiose avec ces religions ou l’absence de religion pour ceux qui le veulent.

Il est clair qu’elle pose un point central ; c’est que la loi républicaine n’est pas inspirée directement par une religion ou une autre, mais résulte du vote du parlement élu au suffrage universel. C’est donc un point majeur, c’est à dire que ce n’est pas comme dans d’autres Etats à chaque loi un rappel de la loi divine, voire même à chaque président qui est élu et intronisé, on jure sur une bible ou sur tout autre texte sacré.

L’arrivée importante de la religion musulmane constitue-elle un bouleversement, un changement des règles du vouloir vivre ensemble dont la laïcité est l’un des fondements, je ne le crois pas mais il y a une condition,  il est évident que les lois de la république sont les lois de la république et que ce n’est pas à la république de s’adapter aux religions , mais c’est aux religions de s’adapter à la république. Quand je dis cela, je ne le dis pas par provocation  ni par volonté de diktat.  Je le dis cela comme beaucoup de concitoyens musulmans qui respectent la république et qui savent que les lois de la république les protègent et qu’ils doivent défendre ces lois de la république.

Welcome Speech

Jacques Myard, National Member of Parliament, President of the Nation & Republic Circle.

The question of the relationship between the politician and religion whether in the singular or even better between politicians and religions throughout humanity’s history, has been asked with regards all the world’s religions. It’s a constant, and by way of example it’s of interest to quote one of France’s Kings who invented before the Republicans themselves the concept of Respublica – which, of course, means: the Public Matter or Affair. This King was Philippe IV Le Bel known as the King of Iron…. His contemporary compatriots said of him that he was made of marble, because he had character. At the end of the XIIIth Century and into the beginning of the XIVth, there was a conflict that has remained famous and involved Pope Boniface VIII. The stakes were high, because it concerned the possibility for the King of France to tax or not to tax the Church. Boniface at first yielded, and accepted after some remonstrance, that the King be empowered to tax the Church. Then on 18th November 1302 he proclaimed in a Papal bull named Unam Sanctam, the Church’s supremacy over the State, therefore every human being was to be obliged to submit to the Pontiff, that is to say the Pope. The King’s reply was direct, at the time he had advisers called juridical registrars, people who were wise in their discernment of State, and of general interest. So after having obtained – doubtless after some forceful persuasion, the support of France’s Bishops and mostly the Paris Assembly of Notables, he sent his juridical registrar Guillaume de Nogaret along with a small army into Italy to seize the Pontiff at Anagni, the Pope’s Summer Residence. There was then an incident reported by the media of the time, and all the same the King had the last word and did indeed tax the Church.

And since then, France has continued along the same lines: temporal power cannot be shadowed by the Papacy’s spiritual power. Of course, after the Revolution, all that was put officially into writing on 9th December 1905 in the now famous Law of the Separation of Church and of State. In consequence, France is today a secular State and proud to be so. But that does not mean that she ignores religion. The law of 1905 is not one to reject religion, it’s a law that sanctifies the liberty of conscience, that is to say the possibility for each of us to choose one’s own religion, to change religion if believing one should, or not to have one. It is therefore a law of liberty for each citizen – each citizen being free of religion but not to impose on someone else.

Everyone has their own religion, without imposing, respects that of others and expresses his/her own religion as he/she believes. The Law of 1905 was not intended to banish religion, and did not. No church was destroyed before the law of 1905, whereas at the time of the Revolution, it was a trifle more violent. No church, no temple, no synagogue was compromised. Society and State live in symbiosis with these religions or in the absence of religion for those so inclined.

It’s clear that a central point is set: the Law of the Republic was not inspired directly by one religion or another, but is the result of voting in Parliament, itself elected by universal suffrage. This is a major point, in that it is not like in other States where each law has an echo of a divine law, further each president elected then enthroned by oath on the Bible and/or another sacred text.

Is the important arrival of the Moslem religion an upheaval? A change of rules on living together of which secularism is one of the foundations? I don’t believe so but there is a condition: it’s evident that the Republic’s laws are indeed those of the Republic, and it’s not up to the Republic to adapt itself to the different religions, rather religions should adapt to the Republic. When I say that, I don’t say so by provocation nor by the desire for diktat. I say so like many Moslem citizens who respect the Republic and who know that the Republic’s laws protect them and that they must defend these laws of the Republic.

Introduction

Ali Rastbeen, président de l’Académie de Géopolitique de Paris.

Le développement des droits de l’homme, a introduit de nouveaux concepts dans la société intellectuelle.  La laïcité en fait partie.

les  religieux , interprètent ce concept  comme une opposition à la légitimité religieuse. Les rationalistes propageaient l’idée de la raison,  tandis que les croyants défendaient la possibilité d’influencer le mode de gouvernement de la Cité.

Or la laïcité permet à l’homme de respecter l’intimité, la vie privée et la liberté des autres, tout comme il désire que ses propres intimité, vie privée et liberté soient respectées.

Les efforts intellectuels déployés ces deux derniers siècles pour concilier la laïcité avec la croyance religieuse, sont restés infructueux en raison de cette incompatibilité.

Juridiquement, le principe de la laïcité est solidement établi par la loi du 9 décembre 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat. Son premier article permet de définir la laïcité comme principe d’une liberté citoyenne, soucieuse de ses droits mais tout autant de ses « devoirs » envers « l’intérêt général » et « l’ordre public ».

Toutefois il faut respecter l’équilibre fragile mais précieux de la laïcité, sans détourner la liberté religieuse.

Pour cela, on doit assurer effectivement le même respect, la même considération, la même tolérance à toutes les grandes familles spirituelles.

C’est au nom de la laïcité qu’est reconnu un islam en France, qui porte un message de tolérance, de solidarité et qui est en harmonie avec les valeurs républicaines. Un islam qui doit être formellement reconnu par une représentation des communautés musulmanes dans leur diversité, en vue d’un dialogue utile avec l’Etat.

En fait, l’islam se présente comme acte de reconnaissance commune d’une adhésion à l’Être suprême. On retrouve ainsi l’idée de la reconnaissance de l’Unique pour se libérer de tout ce qui relève des particularités de la vie, reconnaître ce qu’Il est, c’est se libérer de toute soumission à ce qu’Il a créé.

Donc, quand, au XVIIIème siècle, certains penseurs occidentaux comme Montesquieu ou Voltaire parlent de « mahométans », il s’agit d’une grave erreur de fond. Car par cet aspect fondamental du rapport du Créateur à sa Création, l’Islam se différencie radicalement de la conception chrétienne.

L’islam étant historiquement la dernière à paraître des grandes religions, ne pouvait manquer d’attirer un courant de résistance et d’hostilités :

or les expéditions militaires, les persécutions, les attaques verbales et écrites l’ont renforcé, avec la constitution de l’Empire ottoman qui va embraser le Proche-Orient, l’Europe des Balkans, l’Afrique du Nord et une bonne partie de l’Europe de l’Est. Ensuite il y a eu les croisades par les Etats-Unis en Asie et au Moyen Orient.

Les conflits et les tensions religieuses posent aujourd’hui de nombreux défis dans les relations internationales parmi lesquels, l’instrumentalisation des religions au service de luttes politiques, qui constitue un piège redoutable pour les États comme pour les communautés religieuses.

Elle permet en effet  à l’extrémisme religieux de contaminer les conflits locaux qui se prolongent et s’éternisent, du Cachemire à la Tchétchénie en passant par la Syrie.

Cette instrumentalisation se nourrit d’une lecture fondamentaliste de la religion qui tend notamment à opposer religion et culture et à imposer l’idée théocratique.

Face à ces dérives, les personnalités religieuses, politiques et diplomatiques doivent peser par leur autorité morale en faveur du dialogue et assurer une coexistence pacifique durable.

L’islamophobie suite aux attaques terroristes du mois de janvier à Paris, menace l’équilibre délicat des relations géopolitiques internationales, et provoque l’indignation de musulmans à travers le monde. Ni l’Islam ni les musulmans n’acceptent le recours à la violence.

Les musulmans en général déplorent l’exploitation de la liberté d’expression  de laïcistes extrémistes pour se moquer gratuitement de leur religion et de leurs traditions, sans être inquiétés par les autorités.

Les occidentaux, notamment en Europe ont urgemment besoin de déterminer pourquoi leurs citoyens ordinaires se sacrifient pour protester violemment.

Ce phénomène étrange ne peut ni relever de coïncidence simple, ni être facilement banalisé , en fait cela correspond à un malaise socio-politique profond créé par des inégalités frappantes.

Dans ces conditions, force est de constater que l’islamophobie n’est que de l’huile sur le feu, puisqu’elle – ne cible que des innocents.

Le mot « islam », subit actuellement tous les abus. Or l’islam, comme le christianisme ou le bouddhisme, est une religion à caractère universel.

Donc rechercher dans le Coran ou dans la charia les raisons du terrorisme transnational contemporain paraît tout à fait surréaliste.

Ce n’est là qu’une instrumentalisation abusive évitant la prise de conscience des vrais problèmes.

En fait les grandes opérations terroristes islamistes n’ont-elles pas aussi lieu dans des pays musulmans tels, l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Jordanie, l’Indonésie, l’Irak, le Maroc,  le Pakistan et le Yémen ?

N’est-il pas temps  que l’Occident se permette une réflexion approfondie ?

Aujourd’hui en Irak et en Syrie, comme hier à Bamian ou à Tombouctou, des groupes islamistes détruisent des monuments, brûlent des manuscrits, saccagent des musées, en même temps qu’ils s’imposent sur les populations.

Ces actes s’inscrivent dans une stratégie de purge sociale, de nettoyage culturel, un cri primal identitaire … c’est l’Islam face aux contrariétés géopolitiques qui peuvent dénaturer, envahir l’identité d’une civilisation même ancienne. En fait cette purge est justifiée, ponctuelle et fertile, et répond à la condition humaine et religieuse actuelle.…

Mais l’islam contemporain ne doit pas éterniser son image d’une religion sombre, fermée et intolérante, comme dans la littérature indigeste des mouvements fondamentalistes modernes.

En fait, il y a quelques décennies encore, les écoles réformistes d’islam dominaient les sociétés musulmanes et garantissaient de bonnes relations internationales.

La religion traite une grande variété de problèmes, les équilibres au sein des Etats, les relations bilatérales, les enjeux transnationaux, les questions de sécurité  et les défis du développement. Mais actuellement, 29 pays sont touchés par des conflits à dimension religieuse qui ont entraîné le déplacement de plus de 18 millions de personnes.

La religion peut et doit être un facteur de culture, de dialogue et de paix.

Il y a tout lieu de s’inquiéter, car le Yémen rejoint l’Irak, la Syrie, l’Afghanistan, la Libye et la Somalie en tant que lieu où des seigneurs de guerre s’imposent sans partage dans un contexte d’anarchie.

Ceux qui bombardent les Yéménites, fournissent les armes et l’idéologie aux terroristes de Daesh, Al-Qaïda et autres qui détruisent l’Irak et la Syrie, sont apparemment les pions de la politique américaine. Le silence de la France porteur des valeurs des droits de l’homme, de la démocratie et de l’égalité entre les hommes et les femmes, favorise l’Arabie Saoudite où on décapite au sabre, viole le droit international, décide d’envahir, de bombarder et d’isoler le Yémen pour bafouer son intégrité culturelle et morale et pour assassiner et estropier des enfants et des civils, en détruisant hôpitaux, écoles, et commerces.

Cette destruction à titre de stratégie de nettoyage culturel fait partie intégrante de la crise humanitaire globale. Elle désintègre des sociétés, et elle se répand dans d’autres pays, en Syrie, au Mali, en Libye, au Yémen.

Les extrémistes savent que le patrimoine est une source d’identité, de cohésion, et donc de sécurité des peuples, et c’est pourquoi ils le prennent pour cible afin de dominer.

Il faut alors dénoncer la destruction du patrimoine comme un crime et une violation inacceptable des droits élémentaires des peuples.

La culture et l’éducation de tous en vue de la justice, de la liberté et de la paix sont indispensables à la dignité humaine et pour accomplir les devoirs sacrés de l’Etat- nation.

Face à la violence et à l’extrémisme, on doit être solidaire et construire une paix durable à travers l’éducation, le dialogue des cultures, et la compréhension mutuelle sur la base du respect et de l’égale dignité de tous.

Introduction

Ali Rastbeen, President of the Paris Academy of Geopolitics

The development of human rights has introduced new concepts to intellectual society. Secularism is one of them. Some religious authorities interpret this concept as being opposed to religious legitimacy. Rationalists propagate the notion of reason, whereas believers defend the possibility of influencing State government.

However, secularism permits man to respect the intimacy, private life and liberty of others, just like he wishes that his own intimacy, private life and liberty be respected.

The intellectual efforts deployed these past two centuries to reconcile secularism with religious belief have remained unfruitful, because of this incompatibility.

Juridically, the principle of secularism is solidly established by the law of 9th December 1905 separating Church and State. Its first article permits to define secularism as the principle of liberty of citizenry that is sensitive to its rights but just as much to its “duties” towards “general interest” and “public order”.

All the same, one must respect the fragile but precious balance of secularism, without undermining religious liberty. For that, one must effectively ensure the same respect, the same consideration, the same tolerance, to all the great spiritual families.

It’s in the name of secularism in France that an Islam is recognized as bearer of a message of tolerance, of solidarity, and as being in harmony with Republican values. An Islam that must be formally recognized by a representation of Moslem communities in their diversity, with a view to useful dialogue with the State.

In fact, Islam presents itself as an act of common recognition of adhering to a Supreme Being. One thus finds the idea of the recognition of the Unique, to liberate oneself from anything concerning life’s particularities, to recognize what He is, is to liberate oneself from any submission to what He has created.

Therefore, when in the XVIIIth Century certain Western thinkers such as Montesquieu or Voltaire talk of “Mohameddans”, there is serious error. Since by this fundamental aspect of the relationship between the Creator and His Creation, Islam differentiates itself radically from the Christian conception.

Islam being historically the last to appear of the great religions, could not avoid attracting a wave of resistance and hostilities; however, the military expeditions, the persecutions, the spoken and written attacks, just reinforced it, with the constitution of the Ottoman Empire that set ablaze the Near East, Balkan Europe, North Africa and a good part of West Europe. Then, there were the crusades by the United States into Asia and the Middle East.

Religious conflict and tension pose today several threats in international relations, such as the instrumentalization of religion in order to further political dynamics, and this has become a formidable trap as much for States as for religious communities. In effect it permits religious extremism to contaminate local dynamics which thereby become conflictual and never-ending, from the Kashmir to Chechenia and passing by Syria.

This instrumentalization nourishes itself on a fundamentalist reading of religion, this tends notably to oppose religion against culture and to impose the theocratic idea.

In the face of these destabilizations, religious, political and diplomatic personalities must weigh by their moral authority in favour of dialogue and of ensuring durable peaceful coexistence.

The Islamophobia in the wake of the terrorist attacks of January in Paris, threatens the delicate balance of international geopolitical relations, and provokes the indignation of Moslems around the world. Neither Islam nor Moslems accept(s) recourse to violence.

Moslems generally deplore the exploitation of freedom of speech by secularist extremists, in order to freely mock religion and tradition, without being corrected by the authorities.

Westerners, notably in Europe have urgent need to determine why their everyday citizens sacrifice themselves and others, in order to protest violently. This strange phenomenon can neither be simple coincidence, nor be easily considered trivial, and in fact it corresponds to deep socio-political ill-being created by striking inequalities.

In these conditions, one must observe that Islamophobia is nothing more than oil on fire, since only the innocent are targeted.

The word “Islam” currently undergoes all sorts of abuse. However, Islam, like Christianity or Buddhism, is a religion of universal character.

Therefore, seeking in the Koran or the sharia any reasons for contemporary transnational terrorism is completely surrealistic, and just corresponds to abusive instrumentalization just to avoid true problems.

In fact, don’t large-scale Islamist terrorist operations also take place in Moslem countries such as Saudi Arabia, Egypt, Jordan, Indonesia, Iraq, Morocco, Pakistan and Yemen? And isn’t it time the West allowed itself some deeper reflexion?

Today in Ira and in Syria, like yesterday in Baima or Timbuctoo, Islamist groups are destroying monuments, burning manuscripts, vandalizing Museums, and imposing themselves on local folk. These acts claim to be strategic social purge, cultural cleansing, a primal identity cry … that’s Islam in the face of geopolitical clashes that can disfigure and even invade the identity of an even ancient civilization. In fact, purge seen like this is justifiable, punctual, fertile, and responds to current human and religious conditions….

However, contemporary Islam must not drag on its image of a sombre, closed and intolerant religion, as is the case in the indigestible literature of modern-day fundamentalist movements.

In fact, not that many decades ago, Islamic reformist schools dominated Moslem societies and guaranteed good international relations.

Religion does treat a wide range of problems: balance at the heart of States, bilateral relationships, transnational stakes, questions of security and threats to development. Though at present 29 countries are involved in conflicts of religious dimensions that have involved the displacement of over 18 million persons.

Religion can and must be a cultural factor, a support for dialogue and peace.

There remains alas much reason to be anxious, because Yemen has joined Iraq, Syria, Afghanistan, Libya and Somalia as somewhere warlords impose themselves mercilessly in a context of anarchy.

Those who bombard Yemenites furnish weapons and ideology to Daesh terrorists, Al-Qaïda and others who destroy Iraq ans Syria, are apparently pawns of American policy. The silence of France, bearer of human rights values, of democracy and of equality between men and women, prefers Saudi Arabia where people get beheaded by sword, where international law is violated to allow invading and isolating Yemen, ridiculing its cultural and moral integrity, crippling its children and civilians, destroying its hospitals, schools, businesses…. This destruction in the name of strategic cultural purge is an integral part of the global humanitarian crisis. It disintegrates societies, it spreads to other countries – Syria, Mali, Libya, ….

The extremists know that national heritage is as much a source of identity as of cohesion, and therefore keeps people feeling secure. Therefore extremists strike at national heritage, to gain domination.

Therefore we must denounce the destruction of national heritage, as a crime and an inacceptable violation of the essential rights of peoples.

Culture and education for all, with a view to justice, liberty and peace, are indispensable for human dignity and for accomplishing the sacred rights of Nation-State.

In the face of violence and merciless extremism, we must remain together and maintain durable peace, through education, cultural dialogue, and mutual understanding on the basis of respect and equal dignity for all.

Première Table Ronde

Modérateur: Le professeur Patrick Dombrowsky, directeeur de l’observatoire d’analyses des Relations internationales Contemporaines

First round table
Moderator: Professeur Patrick Dombrowsky, director of l’Observatoire pour les analyses des relations internationales contemporaines

Jean Michel VERNOCHET, journaliste, écrivain et politologue,

« Loi divine et lois séculières »

Le débat sur la laïcité dans les sociétés postindustrielles semblait en sommeil depuis  la séparation en 1905 de l’Église et de l’État. Un divorce qui ne se fit pas sans violences matérielles et morales. La Constitution française de 1958 en son Article Ier inscrit la laïcité  dans ce que l’on a désormais coutume de nommer le “Pacte républicain”, cela en tant que garantie de l’unité nationale. Or le débat relatif à la laïcité vient brutalement de refaire surface en France à propos de l’Islam et à propos de tout ce que le puritanisme laïciste considère comme des manifestations ostentatoires d’appartenance confessionnelle, lesquelles seraient le cas échéant attentatoires à l’ordre public.

Resterait, et c’est la toute la question de savoir où placer le curseur entre respect des libertés individuelles et immixtion légitime ou tolérable des lois dans la sphère privée. L’on a ainsi vu il y a peu une collégienne se faire sanctionner en raison d’un jupe jugée trop longue. À ce stade de censure, la sanction légale de l’expression jugée exagérée d’une confession – en l’occurrence musulmane – dans l’espace public, semble bien ici empiéter indument sur l’indispensable respect des droits de la personne, c’est-à-dire des libertés élémentaire au sein d’un État se voulant démocratique.

Notons d’ailleurs que dans l’esprit des défenseurs d’une République laïque – hormis pendant la sinistre période de la Convention et l’administration des affaires publiques osue le règen de la Terreur – il n’a jamais été question d’empêcher le simple citoyen de pratiquer ni même d’affirmer ostensiblement son appartenance à une religion quelconque, pas plus en privé qu’en public, le principe de laïcité ne s’appliquant a priori qu’à l’État, et à l’État seul. Principe neutralité censé protéger la sphère publique de influence religieuse parce que jugée pernicieuse. La foi ressortant certes d’un choix libre, mais essentiellement individuel.

Disposition louable, mais restrictive car la croyance religieuse en soi peut très légitimement être assimilée à n’importe quelle autre option idéologique. Or la diversité dans le choix d’une conception du monde ou d’une autre, avec ou sans divinité, ne peut exister que dans le respect réciproque et dans les limites tracées entre chaque credo en vue d’établir et de maintenir  une saine coexistence entre des visions non réductibles les unes aux autres, voire souvent antagonistes. L’expérience prouve que cet équilibre est aujourd’hui rompu. Ntre propos n’est pas d’instruire le procès de tel ou d’untel néanmoins, de ce point de vue, la question se pose de la liberté de blasphémer le Dieu ou la foi d’autrui ? Une liberté qui s’exprime généralement de façon singulièrement sélective et se déguise en “droit” sous couvert de libre expression ?   Reste que la garantie des libertés publiques et individuelles sont étroitement liées au traitement strictement égal réservé à tous. Aussi, tout comme en économie libérale,  il s’agit pour l’État de prévenir toute constitution de monopole. Autrement dit, de veiller à ce qu’aucune religion transcendante ou non, à ce qu’aucun religion laïque n’avance masquée de laïcité sous couvert d’idéologie libertaire, en réalité le plus souvent prompte à restreindre  la liberté de croire comme bon il semble. La première et la dernière des libertés réelles.

Jean Michel VERNOCHET, journalist, writer and political scientist

“Divine Law and Secular Laws”

The debate on secularism in post-industrial societies seems asleep since the separation in 1905 of Church and State. A divorce that wasn’t without its material and moral violence. The French Constitution of 1958 in its First Article attributes secularism into what one has since been accustomed to know as the “Republican Pact”, that in the name of guarantee of national unity. However, the debate on secularism has just brutally surfaced again in France with regards Islam and bearing on all that secular puritanism considers as ostentatious manifestations of confessional appurtenance that in turn disturb law and order.

There would remain, and there we have the whole question, of knowing where to place the cursor between respect for individual liberties and legitimate or tolerable intrusion by laws into the private sphere. There, we have thus seen not so long ago, a schoolgirl being reprimanded because of a dress deemed too long. At this juncture of censorship, the legal sanction of the expression deemed exaggerated of a confession – as it happens, a Moslem one – within the public sphere, seems indeed here to trespass unduly on the indispensable respect for the rights of the person, that is to say: elementary liberties at the heart of a State claiming to be democratic.

Let us moreover note that in the minds of the defenders of a secular Republic – excepting for the sinister period of the Convention and the administration of public affairs under the Reign of Terror – there has never been any question of preventing the simple citizen from practising nor even conspicuously affirming his/her belonging to some religion or other, not any more in private than in public, the principle of secularism applying only to a State and only to the State. Principle of neutrality deemed to protect the public sphere of religious influence because judged pernicious. Faith arising certainly from free choice, but essentially individual.

Laudable disposition, though restrictive, because religious belief in and of itself can very legitimately be assimilated to any other ideological option. However, diversity in the choice of some “weltanschauung” or other, with or without Divinity, can only exist in reciprocal respect and in the limits traced between each credo with a view to establishing and to maintaining healthy coexistence between irreducible, and often enough antagonistic images of one another. Experience proves that this balance is at present disturbed. Our proposition is not to put this person or that on trial, nevertheless from this point of view the question of liberty to blaspheme against God or someone else’s faith is engaged. A liberty that generally expresses itself in singularly selective manner and disguises itself “in law” under the embracing title of “freedom of expression”. There remains that the guarantee of public and individual liberties is narrowly related to strictly equal treatment reserved for all. Also, as in a liberal economy, it behoves the State to prevent any constitution of monopoly. Otherwise said, to watch out so any religion transcending or not, any secular religion, doesn’t advance masked by secularism under cover of libertarian ideology, in reality the most often disposed to restricting the liberty to believe freely. The First and Last of the Real Liberties.

Hassan Al HAKIM, représentant du Conseil Islamique chiite Supérieur,

« La laïcité et l’islam contemporain ».

 La laïcité ou le sécularisme est le pouvoir des laïcs bourgeois, en opposition au pouvoir de l’église et de son allié la royauté et l’aristocratie.  Elle remplace Dieu par le peuple, la bible par la philosophie et la science, et le droit divin de l’aristocratie par la démocratie. La séparation entre l’État et les religions qu’elle applique diffère selon les pays laïques.

L’islam est la religion prêchée par le prophète Muhammad (Mahomet). Elle se considère comme une réforme et une continuité des religions précédentes telles le judaïsme et le christianisme. Institué en Etat, du vivant de son prophète, cet état n’a pas cessé de s’élargir. Après une succession mouvementée de 4 califes, vue différemment selon les courants de l’islam (sunnites, chiites et ibâdites), le califat s’est transformé en royauté, et l’histoire de l’islam fut dirigée et partagée par plusieurs dynasties, dont deux ont couvert, à elles seules, plus de 11 siècles de cette histoire : les Abbassides de Bagdad = 750-1258 c.à.d 508 ans), les Abbassides d’Egypte = 1261-1517 c.à.d. 206 ans, enfin les Ottomans = 1299-1923 c.à.d. 624 ans.

Le contact avec la Perse et Byzance a favorisé l’épanouissement d’une nouvelle civilisation qui a eu sa contribution dans des différents domaines du savoir. Mais les pratiques des rois qui ont régné n’étaient pas toujours conformes aux principes du Coran et aux enseignements du Prophète. Beaucoup de conquêtes, entamées au nom de l’islam, furent entachées d’injustices et réalisées par des rois qui contredisaient l’islam par leurs pratiques.

L’épanouissement du savoir a reçu un coup d’arrêt avec le calife abbasside de Bagdad, Al Qadir (947-1031), et la Profession de Foi qu’il a fait lire dans toutes les mosquées, en 1019 (409 de l’hégire),  pour fixer le credo officiel et interdire toute autre exégèse. Il ferma la porte de l’ijtihad ou effort de recherche personnel, encourageant l’imitation soumise, taqlid, au détriment de l’innovation, et réduisant le courant rationnel des  mutazilites. Ce fut le début du déclin.

C’est à une époque ultérieure qu’ont eu lieu la révolution laïque en Occident, puis les premiers contacts entre la société musulmane et la laïcité. Ces contacts se sont réalisés à travers les guerres colonialistes européennes. On s’est trouvé, ainsi, face à un occupant non musulman, à des modes de vie non musulmanes, puis, en matière juridique, face à des tribunaux mixtes en Egypte et ailleurs qui introduisaient des lois non islamiques, à côté de la charia. Le choc terrible fut la chute de l’Empire Ottoman, et la déclaration d’un état turc laïque. Les postcoloniaux vont suivre, plus ou moins l’exemple turc (surtout les régimes de gauche).

Les voyages d’études puis de travail, vers l’Occident, qui ont suivi ce contact, vont mettre une élite, puis des masses, en contact avec des sociétés laïques. Des partis politiques, à l’image des partis de l’Occident (capitalistes et communistes) vont se former et se propager. Et à côté de l’islam majoritaire, dans son pays d’origine, on va se trouver devant un islam minoritaire, dans les pays de l’immigration, où ses adeptes se sont installés.

Face à cette laïcité introduite par la force militaire, et les alliances politiques avec les uns et les autres (Hussein de le Mecque puis AbdelAziz), la réaction de la société musulmane, et surtout de ses élites, fut de 4 sortes : « 1- Non  2- Oui, 3- Non mais, et 4- Oui mais.

Il est clair que le non est l’attitude des plus traditionnels. C’est une attitude de rejet, et d’attachement à la tradition. Son avantage fut de préserver la langue et la culture arabo-islamique, et d’éviter une perte totale d’identité. Le oui est la position de ceux qui se sont ralliés entièrement, ou presque, à cette nouveauté. Si l’on cite des noms comme Tahaa Hussein et Ali Abdel Razeq, parmi les précurseurs, la liste jusqu’aujourd’hui sera longue? Et l’on y trouve beaucoup d’intellectuels, et de cadres politiques.

Le Oui mais est l’attitude de ceux qui ont accepté la laïcité, mais avec des doses islamiques, qui prônent une laïcité partielle, qui veulent se concilier à la fois avec les masses et avec les exigences de l’étranger (occidental et/ou onusien). Le Non mais est l’attitude des intellectuels musulmans qui sont passés, après le rejet de la laïcité à la réflexion. Ils ont commencé à se mettre en question, mettant du coup en question l’histoire, les lois et la pensée islamique. Ils examinaient ainsi les points de différend, et  cherchaient de nouvelles  interprétations et des preuves pour convaincre, et pour se réconcilier avec le monde moderne. Dans cette catégorie on peut citer des noms comme (al-Afghani, Abdo, Iqbal, Mawdoudi, ben Nabi, Baqer as Sadr, Chariati, Chamsuddine, Adnan Ibrahim, Tareq Ramadan).

Face aux partis laïques, des partis islamiques ont été formés, parmi les premiers furent les frères musulmans (sunnite), et le parti Da’wa (chiite). Trois événements majeurs ont, récemment, eu lieu :

  •      la révolution iranienne, qui a instauré un état islamique.
  •      les réactions pour la stopper politiquement et militairement, et pour stopper, aussi, l’invasion soviétique de l’Afghanistan, à travers la propagation et la militarisation de la pensée salafiste, qui est du hanbalisme influencé successivement par Ibn Taymiyya puis par Muh. Ibn Abdel Wahhab (une tendance intransigeante envers la différence, et potentiellement violente)
  •      l’accès au pouvoir, en Turquie, du courant islamiste, pratiquant une certaine coexistence avec la laïcité d’Atatürk.

Ce schéma nous montre la complexité de la situation actuelle et la multiplicité de ses tendances. Les dits « printemps arabes », la montée de l’islam politique en Egypte puis sa chute, les guerres qui ensanglantent la Syrie, la Lybie et l’Irak (sans oublier l’Afghanistan, la Somalie etc…) et les exactions des salafistes et leurs luttes de fractions, ont terni l’image de l’islam politique, et ont renforcé un peu la position des partisans de laïcité. Mais l’engrenage et les guerres civiles risquent d’emporter tout le monde dans les sociétés touchées.

Les sociétés musulmanes (et orientales), étant plus attachées à leur foi, une laïcité extrémiste et antireligieuse leur est inacceptable. Beaucoup de musulmans (qu’ils soient majoritaires ou étrangers minoritaires) tiennent toujours à leur identité, leurs valeurs et à la famille. Si certains rêvent d’un régime islamique, les détails de ce rêve sont souvent vagues. Mais une réalité reste certaine : avant de gérer les autres il faut se gérer, soi-même. Beaucoup de penseurs insistent sur les valeurs islamiques, la décence (vestimentaire et relationnelle), la famille et le statut personnel comme bastion à défendre.

Dans son livre sur la laïcité, cheikh Mohammad Mahdi Chamsuddine, ex-président du CICS, la définit comme étant « la mode de vie qui écarte, de l’organisation de la société, de ses relations et de ses valeurs, toute influence ou orientation religieuse ». Selon lui, le système laïc se base sur la science expérimentale, l’organisation stricte qui nécessite une autorité centrale forte, et des relations humaines basées sur l’intérêt, la rivalité et la subjectivité des valeurs.il refuse le matérialisme que sous-entend la laïcité, et affirme que la religion est une affaire à la fois individuelle et sociale. En affirmant que l’islam, comme le christianisme sont victimes de cette laïcité, il dit que l’islam n’est pas concerné par les critiques laïques du christianisme, car l’islam n’a pas de clergé.

Il y cite quelques éloges de la charia, émanant de congrès et de juristes européens,  qui ont vanté sa capacité et son évolutivité,. Et finit son livre par une défense du réduit qui reste pour la charia, dans le système laïque libanais, le Statut Personnel et la famille.  Cette attitude est partagée par beaucoup d’autres penseurs, tels Tareq Ramadan, Adnan Ibrahim etc…

La laïcité, en tant que mise à l’écart du religieux, et réduction de son espace vital, trouve un allié dans le confort matériel et la civilisation des loisirs que favorise le développement technologique. Alors que les médias propagent le mode de vie occidental, et banalisent la violation des interdits de la religion, le confort matériel donne, même aux plus pauvres une illusion de force et un orgueil que ne possédaient pas les rois du passé (téléphone portable, voyages par le train, murs de béton qui protègent de la nature, soins médicaux etc..).

Mais le vide spirituel, s’il se fait au détriment de la religion, il se fait aussi au détriment de l’être humain dans sa profondeur, favorisant le nihilisme, et vidant la vie humaine de sens. Et si le sécularisme oblige la religion à se mettre en question, elle se doit, face à ce danger, de le faire, lui-même aussi. Ainsi, après plus de deux siècles de laïcité, un bilan s’impose :

Si l’on peut critiquer l’islam historique pour ses conquêtes et injustices, le christianisme pour son inquisition et ses croisades, on reproche à la laïcité ses guerres coloniales et sa politique basée sur l’intérêt au détriment de principes. Comme tout système d’idées transmises, la laïcité est devenue pour certains une religion, une identité sociale, voire une fierté nationale. Or, la maturité de  la foi religieuse demande une remise en question et une rationalisation pour se libérer de l’empreinte des parents et des ancêtres, et pour adhérer directement aux principes et à Dieu. Si cette action est nécessaire pour tout croyant, elle l’est aussi pour tout laïque convaincu.

L’esprit scientifique vanté par les premiers laïques est en contradiction avec le parti pris, à l’école, pour une théorie contre une autre. Etre pour la théorie de l’évolution et contre celle de la création, c’est aussi attribuer, contre toute logique, l’ordre complexe du cosmos et la conscience de l’homme à des notions abstraites vides de toute force créatrice, comme le Temps et la Loi.

La neutralité des  laïcs vis-à-vis des religions, leur impose de ne pas se transformer en une nouvelle religion, et de comprendre la logique des croyants. La décence des vêtements, par exemple, n’est pas un signe, mais une norme, qui vise à se faire respecter en société, au lieu de séduire, à garder un équilibre intérieur et à préserver la famille dont la stabilité et le maintien dépendent de la maîtrise de l’instinct sexuel.

À propos de cette famille, les sages laïques doivent chercher les raisons de l’échec du mariage civil.  Surtout lorsqu’on se trouve devant 16 millions de célibataires, et lorsque l’éclatement de la famille cause des maladies sociales comme la solitude, les problèmes psychiques et la folie qui résultent de cette solitude, et, enfin, le problème de la vieillesse (15 mille morts pendant la crise de chaleur il y a quelques années). La famille étant un refuge, et le moyen de la transmission de la culture et des valeurs.

La nécessité de l’intégration des musulmans, par la laïcité, qu’on ne cesse de répéter, demande de préciser, au préalable : à quel modèle social il faut s’intégrer ? Surtout lorsqu’on se trouve devant un modèle variable sans cesse, et devant une dictature, ou presque, de modes de toutes sortes, modes générées par des stylistes, des acteurs, des chanteurs, des artistes et des sportifs, modes que l’intellectuel vient, à la fin, justifier, seulement.

À la place de l’intellectuel qui justifie, et du politicien qui cherche l’efficacité et la popularité, la laïcité a besoin du sage qui dit la vérité, même si la vérité blesse.

Au lieu de demander aux gens de consommer (c à d de manger et boire sans besoin, et d’acheter ce qui n’est pas nécessaire) ce qui provoque un gaspillage d’énergie et d’argent, et une perte de santé,  il faut les aider à réfléchir, pour ne pas tomber dans le nihilisme et pour se donner un sens à la vie.

Dans un heurt de civilisation, c’est le faible qui a tendance à fléchir et à réfléchir. Mais l’impasse actuelle doit pousser tout le monde à s’y mettre. Le monde est devenu si petit, on est dans le même bateau, et on risque de se noyer ensemble. Ce que vous choisissez influence –plus ou moins – toute l’humanité. La réflexion sincère, la coopération, et l’audace de dire la vérité permettent d’améliorer la situation. Et comme Teilhard de Chardin l’a, déjà, dit : « tout ce qui monte, converge ».

 

Hassan Al HAKIM, representative of the Superior Shiite Islamic Council

“Secularism and Contemporary Islam”

Secularism or laymanship is the power of secularist citizens, as opposed to the power of the church and of its allies: Royalty and Aristocracy. It replaces God, by the People, also the Bible by Philosophy and Science, and Divine Right by Democratic Right. The separation, between State and religions, that it applies, differs from one secular country to another.

Islam is the religion preached by the Prophet Mohamad. It considers itself a reform of and a continuity to preceding religions such as Judaism and Christianity. Instituted as a State at the time of the Prophet, this State has not ceased to expand. After a shaky succession of 4 Caliphs, seen differently according to Islamic tendencies or persuasions (Sunni, Shiite, and Ibadi), the Caliph proclaimed himself a Royal King, thereafter the History of Islam was directed by and divided up among several dynasties of which two alone lasted over eleven centuries: the Abbassides of Bagdad = 750-1258, or 508 years, the Abbassides of Egypt = 1261-1517, or 206 years, finally the Ottomans = 1299-1923, or 624 years.

Contact with Persia and Byzantium favoured the thriving of a new civilization that knew contributions in different fields of knowledge. However, the practices of the reigning Kings did not always conform to Koranic principles or to the Prophet’s instructions. Many military conquests, undertaken in the name of Islam, were marred by injustice and by authorities who disregarded Islam in practice.

The blossoming of knowledge received a stunning blow at the time of Baghdad’s Abbasid Caliph Al Qadir (947-1031), and the Profession of Faith that he had read in all mosques in 1019 (year 409 of the Hegira calendar) in order to fix the official credo and forbid any other exegesis: he closed the door to ijtihad (personal research) and encouraged submissive imitation (taqlid), to the detriment of innovation and the rational Mutazili current. It was the beginning of the decline.

It’s during a later period that took place the secular revolution in the West, then the first contacts between Moslem society and secularism. These contacts took place throughout the European colonialist wars. Thus we found ourselves faced with a non-Moslem occupant, with non-Moslem lifestyle, then in juridical matters, faced with mixed tribunals in Egypt and elsewhere and that introduced non-Islamic legislation along with the sharia. The terrible blow was the fall of the Ottoman Empire, and the declaration of a secular Turkish State. The post-colonialists more or less followed the Turkish example (especially leftist regimes).

Study and work travels towards the West, following on the contacts, put the Moslem élite and then their masses into contact with secular States. Political parties in the image of Western parties (capitalist and communist) then formed and spread. And alongside the Islamic majority in its country of origin, one could find a minority Islam in the host countries where adepts installed themselves.

Faced with this secularism introduced by military force, and with political alliances here and there (Hussain of Mecca, then AbdelAziz), the reaction of Moslem society and especially of its elites was of four sorts: 1- No            2- Yes      3- No but               4- Yes but

It’s clear that the “No” was the attitude of the most traditionalist, it’s a rejection attitude and attachment to tradition; its advantage was to preserve arabo-islamic language and culture, and to prevent a total loss of identity. The “Yes” is the position of those that rallied entirely – or almost – to this novelty; if we quote names such as Tahaa Hussain and Ali AbdelRazeq in this category, the list kept up to date would now be long, and we find there many intellectuals and political officials.

The “Yes but” is the attitude of those who have accepted secularism, but with Islamic doses that support partial secularism and wish to reconcile the masses to foreign exactions (Western and/or of the UN). The “No but” is the attitude of Moslem intellectuals who, after rejection of secularism, embraced reflexion: they began self-examination and then put history, laws and Islamic thought into question; thus they re-examined points of contention and sought new interpretation and proof in order to convince and reconcile themselves with the modern world. In this category we have names such as al-Afghani, Abdo, Iqbal, Mawdoudi, ben Nabi, Baqer as Sadr, Chariati, Chamsuddine, Adnan Ibrahim, Tareq Ramadan, and others.

Faced with secular parties, Islamic parties took form; amongst the first were the Moslem Brotherhood (Sunni), and Da’wa (Shiite). In this perspective we can claim that in recent times, three main events have taken place:

  • the Iranian Revolution, that installed an Islamic State
  • political and military international reaction to put a stop to that, and to the Soviet invasion of Afghanistan; the Islamic Salafist movement thereupon militarized its movement, influenced by Ibn Abdel Wahhab whose disciples formed the extremist Wahhabite movement – an intransigent and unavoidably violent proposition
  • firm access by the Islamic currents to power in Turkey, through coexistence with Atatürk’s secularism.

These elements clearly expose the complexity of the current situation and the multiplicity of its tendencies. Those “Arab Springs”, the rise and fall of political Islam in Egypt, the wars that have bloodied Syria, Libya and Iraq (not to forget Afghanistan, Somalia, Pakistan and elsewhere), and the Salafist demands promoted despite internal factional struggles, have tarnished political Islam’s image, and have somewhat encouraged secular positions. However, the spiral of events in the context of multiple civil wars may carry away everyone in the areas involved.

Moslem (and Eastern) societies being more attached to their faith, any extreme and anti-religious secularism is inacceptable to them. Many Moslems (whether in the majority or as a foreign minority) are always very attached to their identity, their values and their family. If some of them dream of an Islamic regime, the details of such a dream remain vague. However, one reality is certain: before managing others, one must manage oneself. Many thinkers insist on Islamic values, decency (of clothing and relational), the family and personal status as being bastions to defend.

In his book on secularism, Cheikh Mohamad Chamsuddin, ex-President of the SCIC, defines it as “a lifestyle that expels from society’s organization, relations and values, all religious influence or orientation”. According to him, the secular system is based on experimental science, strong organization needing strong central authority and human relations based on interest, rivalry and the subjectivity of values. He refuses the materialism that secularism implies, and he affirms that religion is at the same time an individual and a social affair. By affirming that Islam, like Christianity is victim to secularism, he claims that Islam is not concerned by Christianity’s secular criticism, because Islam has no clergy. He quotes therein several praises of the Sharia, made by European congresses and jurists who laud its capacity to evolve. And he ends his book in defence of the hovel that the Lebanese secular system reserved for the Sharia, personal status and family values. This attitude is shared by many other thinkers, such as Tareq Ramadan, Adnan Ibrahim etc….

Secularism as a bypass of religion, and the reduction of its living space, finds an ally in material comfort and a civilization of leisure that favours technological development. Whereas media propagate Western lifestyle and marginalize violation of religious prescripts, material comfort provides, even for the poorest, an illusion of strength and pride that even former Kings never had (mobile phones, train travel, concrete walls, sophisticated medical care, and so forth).

However, spiritual void, if brought about to the detriment of religion, is also detrimental to human beings in their profundity, and rather favours nihilism and empties the sense out of human life. And if secularism obliges religion to examine itself, then the latter must, in the face of such danger, do so, and so must the former. Thus, after over two centuries of secular experience, one must detail the track record.

If one can criticize Islam’s history of ravaging conquests and injustices, and if one can criticize Christianity for its inquisitions and crusades, then one can reproach secularism for its colonial wars and its policy based on interests detrimental to valued principles.

Just like any system of transmitted ideas, secularism has become for some people a religion, a social identity, and even the national pride. However, the maturity of religious faith requires a self-examination and a reasoning to be able to free oneself from parental and ancestral imprint, and in order to adhere directly to principles and to God. If this action is necessary for every believer, it is that also for any convinced layman.

The scientific spirit boasted by the first laymen is in contradiction with scholarly commitment to one theory pitted against another. To be in favour of the theory of evolution and against the theory of creation, is like attributing, against all logic, the complex cosmos order and man’s conscience to abstract notions void of creative content, such as Time and Law.

The layman’s neutrality with regards religion imposes upon him not to transform himself into another religion, and also to understand the believer’s logic. Decent clothing, for example, is not an indicator but a norm that aims to be respected in society, instead of seducing, to protect interior equilibrium and to preserve family whose stability and upkeep depend on the mastery of the sexual instinct.

Concerning this family, secular sages must seek the reasons for the breakdown of civil marriage. Especially when one is confronted by 16 million bachelors, and when family break-up causes social ills such as solitude, and finally, the problem of aging: 15 thousand dead during the heatwave several years ago. Family is refuge, and means cultural and value transmission.

The necessity of integrating Moslems through secularism, that is ceaselessly repeated, requires specifying to which social model one must integrate oneself. Especially when one is confronted by a ceaselessly varying model, associated with dictatorship or almost by all kinds of fashion set by stylists, actors, singers, stars and sportsmen, fashion that the intellectual can only justify after the fact.

In the stead of the intellectual that justifies later, and of the politician who seeks efficiency and popularity, secularism needs the sage that tells the truth, even if the truth injures.

Instead of asking people to consume (ie. to eat and drink without need, and to buy when it’s not necessary) and to provoke waste of energy and finances, and loss of health, it is necessary to help them to examine their consciences so that they don’t fall into nihilism, and that they do find a meaning to their lives.

In a civilization conflict, it’s the weak that tends to flex and reflect. But the present day blocked directions must stimulate everyone to do so. The world has become so small, we’re in the same boat, and we risk drowning together. What you choose influences more or less all of humanity. Sincere reflection, cooperation, the audacity to tell the truth allows to improve things. And as Teilhard de Chardin has, already, said: “Everything that goes up, converges!”

Youssef HINDI, chercheur et écrivain,

« L’instrumentalisation du sectarisme religieux ».

Appréhender le problème que pose l’instrumentalisation du sectarisme religieux nécessite d’identifier au préalable le principe et l’origine du sectarisme. Cette méthodologie visant à identifier et comprendre la cause première d’un phénomène comme le sectarisme est d’autant plus essentielle lorsque l’on étudie des mouvements sectaires ayant des répercussions historiques lourdes.

Le principe du schisme religieux, conduisant au sectarisme, peut se résumer en un mot : la division.

Le sectarisme, résultant du schisme, apparaît au sein d’une communauté s’étant éloignée de la finalité spirituelle au profit de considérations exclusivement mondaines, par définition matérielles et immédiates. Comme l’a souligné le métaphysicien René Guénon, la matière est essentiellement multiplicité et division, et tout ce qui en procède ne peut engendrer que des luttes et des conflits de toutes sortes. A l’inverse, la spiritualité pure permet de s’élever vers l’unité en transcendant la multitude et la matière, qui ne disparaissent pas pour autant. Cette spiritualité authentique étant le principe unificateur de la multitude.

Ce propos théorique est appuyé par les données historiques et l’anthropologie qui nous enseigne que la communauté est constituée d’un groupe humain uni par une croyance commune et transcendante ; l’existence de la communauté est conditionnée par la croyance collective : nulle horizontalité sans verticalité, et inversement.

Dans l’histoire des sociétés traditionnelles, le schisme religieux a été le vecteur de la  subdivision des communautés répartis en sectes selon des doctrines plus ou moins divergentes, toutefois sans remettre en question la spiritualité en tant que telle, quelle que soit son mode.

Mais nous avons affaire, à l’époque moderne, à un tout autre phénomène : celui de la remise en question de la spiritualité en tant que telle. Dans une séquence historique s’étalant sur une période relativement longue, la croyance collective fut subvertie. Cette subversion a engagé un processus d’éclatement de la société, non plus en de multiple sous groupes de croyants mais en une multitude d’individus atomisés.

Si l’on se penche sur l’histoire des trois grands monothéismes, nous constatons que les schismes sont apparus essentiellement sur la base du tribalisme conduisant dans la plupart des cas à des conflits politiques, à l’instar du royaume d’Israël dans l’Antiquité qui s’est divisé en deux royaumes, ayant produit chacun sa propre version de la Torah.

Cet exemple historique nous montre que la division tribale et politique entraine les divergences religieuses et non pas l’inverse. D’autant plus que chacune des versions de la Torah a été rédigée dans une visée politique, favorisant, par la modification des récits, tel groupe de prêtres appartenant à un royaume au détriment d’un autre.

Le premier royaume d’Israël n’était en aucun cas une nation au sens où on l’entend aujourd’hui : avec à sa tête un roi au pouvoir absolu. Mais le royaume était constitué d’un ensemble de tribus réunis autour d’un roi au pouvoir symbolique, surveillé par les grands prêtres et les prophètes, et équilibré par les chefs de tribus. Un système féodal proche de celui de la France de l’Ancien Régime, unifié non pas par le fer, comme l’a fait le jacobinisme, mais par le principe unificateur et transcendant qui est Dieu ; sans lequel le roi ne détenait aucune légitimité.

Quant aux multiples sectes se réclamant de Jésus et qui sont apparues dans les deux premiers siècles de l’ère chrétienne, leur nombre fut proportionnel à la propagation du Christianisme dans le bassin méditerranéen, dans la mesure où la religion chrétienne n’était pas encore encadrée par un dogme et une hiérarchie cléricale solidement établie. Chacune des innombrables sectes chrétiennes était le produit d’un syncrétisme entre le message de Jésus et la croyance païenne enracinée dans chacune des régions que le Christianisme avait atteint. Là encore, la division de la religion fut le fait d’une forme de tribalisme ; chaque communauté faisait primer sa propre tradition sur le message évangélique.

L’Islam ne fit pas exception. Quelques années après la mort du prophète Muhammad, qui avait unifié les arabes nomades et les sédentaires, les arabes du Nord et du Sud, autour du principe spirituel de l’unicité divine, les anciennes rivalités tribales ressurgirent et alimentèrent les schismes religieux, et par suite, les conflits politiques, de l’Espagne à l’Irak, en passant par l’Arabie et la Syrie.

La culture profondément tribale des arabes avait relativement minée le monde musulman. Mais la civilisation musulmane, forte des anciens peuples convertis, notamment Perses (à l’Est) et Berbères (à l’Ouest), a tempéré ce caractère tribale par l’urbanisme et la sédentarisation, transformant les conditions de vies en générale.

Dès le premier siècle de l’Hégire, le tribalisme a engendré des schismes religieux, ce qui a aggravé les divisions dans les siècles qui suivirent. Les musulmans ont contrevenu à l’ordre coranique suivant : « Saisissez-vous de ce qui vous relie à Dieu et ne vous divisez (divergez) pas ! » (3, 103). Dans un autre verset le Coran avertis des conséquences de cette division ainsi : « Ne soyez pas du nombre de ceux qui ont divisé leur religion et se sont constitués en schismes, chaque parti étant satisfait de sa propre doctrine » (3, 31-32).

Le grand savant du XIIème siècle, Ibn Rushd (Averroès) explique que  c’est du fait des interprétations théologique et du fait que certains savants considéraient qu’elles devraient être exposées à tout un chacun, que sont apparues les sectes de l’Islam. La conséquence en a été qu’ils ont précipité les gens dans la haine, l’exécration mutuelle et les guerres, déchiré la Révélation en morceaux et complètement divisé les hommes. Les sectes, dit-il, en vinrent au point de s’accuser mutuellement d’infidélité ou d’innovation blâmable, en particulier celles d’entre elles qui étaient perverses.

Aujourd’hui, et ce depuis puis 250 ans, la secte de l’Islam la plus dangereuse et la plus encline à accuser les musulmans d’infidélité et d’innovation blâmable est la secte wahhabite.

Cette secte se distingue de la majorité des anciennes, en cela qu’elle est historiquement et objectivement un mouvement de destruction de l’Islam de l’intérieur ; thèse défendue, entre autres, par Jean-Michel Vernochet. Le wahhabisme forme avec le réformisme islamique qui a donné naissance aux Frères musulmans un double mouvement de subversion de la religion musulmane ; une thèse et son antithèse, moteurs de ce que j’appelle une dialectique infernale. Les ponts entre le réformisme islamique et le wahhabisme furent mis en évidence à l’appui d’une abondante documentation, notamment par Hamadi Redissi.

Au-delà de son rôle historique et eschatologique, le wahhabisme fut et est toujours un instrument politique et géopolitique d’une grande efficacité.

Il a permis au Saoud la conquête de l’Arabie, qui n’ont assis leur pouvoir définitivement que par le soutien des britanniques qui les instrumentèrent dans le cadre du découpage du Proche-Orient et de l’abolition du Califat qui résultèrent de la Première guerre mondiale.

La seconde guerre mondiale, s’est conclue, elle, par l’alliance des Etats-Unis et du régime saoudien ; association du pétrole et du dollar qui fit du wahhabisme une idéologie internationale.

Cette propagation de la doctrine wahhabite minutieusement organisée par les Saoud et les anglo-protestants a eu pour   conséquence :

–         d’amener dans le giron des prédicateurs wahhabites une partie de la jeunesse musulmane à travers le monde

–         et de ternir l’image de l’Islam aux yeux des non-musulmans.

Le virus wahhabite injecté dans le corps de la « oumma » a préparé le terrain propice à l’application de la stratégie du Choc des civilisations.

Il est essentiel, si l’on veut produire une analyse efficiente et apporter des réponses adéquates aux problèmes auxquels nous faisons face, de connaître l’origine véritable – et par là la finalité – de la stratégie du Choc des civilisations, qui est bien antérieure à Samuel Huntington et à Bernard Lewis. Vous découvrirez tout cela dans mon ouvrage « Occident et Islam », qui paraîtra en septembre.

Dans le cadre strictement géostratégique que nous devons placer dans la perspective de cette large stratégie du Choc des civilisations, le terrorisme wahhabite, dont Al Qaïda et Daesh sont des incarnations, joue un rôle fondamental.

Comme nous le voyons au Proche-Orient en cours de redécoupage, les groupes comme al-Qaïda et  Daesh remplissent une double fonction :

–         la première est celle d’agent corrosif, détruisant ou menaçant l’intégrité étatique, comme en Irak et en Syrie, et rendant difficile, voire impossible, la reconstitution d’un état homogène sur le plan territoriale, comme au Yémen, poù al qaida empêche la progression de la révolution menée par ansaru lah.

–         la seconde fonction consiste à servir prétexte à des frappes de l’alliance atlanto-israélienne, pour faire reculer l’armée régulière syrienne face à Daesh ou encore affaiblir la rébellion au Yémen.

En effet, on a laissé s’installer Daesh en Irak. Souvenons-nous que l’ancien premier ministre irakien, Maliki, sous tutelle américaine, à laisser se constituer l’état dit islamique par le retrait volontaire de l’armée irakienne. Les timides frappes américaines contre Daesh ne doivent pas nous duper ; ces mêmes Etats-Unis avaient bien moins de retenue lorsqu’il s’agissait de bombarder la population civile irakienne. Relevons aussi que l’armée américaine a, à plusieurs reprise, offert « accidentellement » des armes à Daesh. De même, Israël a ouvert la porte de ses hôpitaux aux terroristes qui mettent la Syrie à feu et à sang, tout en frappant à intervalles réguliers l’armée syrienne, venant ainsi en aide à leurs alliés objectifs : les terroristes.

Daesh est en train d’accomplir une tâche dont Israël et l’OTAN n’ont pas pu s’acquitter eux-mêmes, à savoir faire disparaître l’état syrien et affaiblir le Hezbollah.

Cet état de fait illustre parfaitement le rôle géostratégique du terrorisme international, dont l’activité est très souvent localisé dans des régions stratégiques, servant les intérêts de certaines puissances, comme en Tchétchénie pour faire éclater la fédération russe, suivant la stratégie de Brzezinski ; en Lybie et au Mali, justifiant une présence militaire dans la région dans le cadre de l’Africom (l’OTAN en Afrique) ; et au Proche-Orient, en faveur des intérêts à long terme d’Israël et dans une stratégie à courte vue des pétromonarchies wahhabites qui espèrent prolonger leur durée de vie en tuant la Syrie et l’Iran, mais qui ne font que se précipiter vers leur tombe.

Le terrorisme internationale est un outil redoutablement efficace, justifiant des interventions militaires, permettant de briser des états, offrant des arguments à la stratégie du Choc des civilisations, et dans le cas de la Syrie comme ailleurs, mener des guerres par procuration.   Répondre au problème que pose le sectarisme wahhabite implique, comme je l’ai exposé en introduction, de remonter à la cause première du sectarisme et non pas de palier à ses conséquences politiques par des réponses strictement politiques.

La tâche revient en priorité aux docteurs de la foi, d’autant plus que le wahhabisme est utilisé notamment dans le but de provoquer des guerres civiles entre sunnites et chiites par une propagande anti chiite massive.

Le père du wahhabisme, Ibn Abd al-Wahhab a, dans son livre L’unicité divine, perverti la finalité du concept de l’unicité divine. Alors que le Prophète avait unifié les hommes autour de ce concept, Abd al-Wahhab en a fait un instrument de division, établissant une hiérarchie qui élève ses partisans au degré de peuple élu au-dessus de la masse des musulmans, sunnites et chiites.

Je rappelle ici qu’au temps d’Ibn Abd al-Wahhab et durant le siècle qui a suivi sa mort, les savants sunnites des 4 écoles juridiques du Nadjd, du Hedjaz, du Yémen et les savants chiites et sunnites d’Irak, ont, dans leur écrasante majorité, réfutés Abd al-Wahhab et sa doctrine.

Abd al-Wahhab fut déclaré hérétique par un consensus de savants, et parmi eux ses propres maîtres ; or jamais il n’y eut de consensus parmi les savants sunnites pour déclarer les chiites non-musulmans.

Sans nier ni faire disparaître les divergences doctrinales qui existent entre le sunnisme et le chiisme, les savants sunnites et chiites, se doivent d’établir la concorde entre les musulmans en s’éloignant des questions doctrinales secondaires pour retourner au principe spirituel unificateur qui seul peut transcender la multitude et les divergences : l’unicité. Ceci, ils doivent le faire en reprenant les jugements des savants des XVIIIème et XIXème siècles qui avaient mis le wahhabisme à sa juste place : celle d’hérésie.

La solution aux problèmes politiques et mondains, par définition bas, découlera de la résolution du problème religieux, c’est à dire par le haut.

Youssef HINDI, Researcher and Author,

“The instrumentalization of religious sectarianism”

 

To apprehend the problem posed by the instrumentalization of religious sectarianism requires first identifying the principle and the origin of the sectarianism. This methodology aiming to identify and understand the primal cause of a phenomenon such as sectarianism is all the more essential when one studies sectarian movements having heavy historical repercussions.

The principle of religious schism leading to sectarianism can be resumed in one word: division.

Sectarianism resulting from schism appears at the heart of a community separated from its spiritual finality, in favour of exclusively worldly considerations that by definition are material and immediate.

As the metaphysician René Guénon underlined: matter is essentially multiplication and division, and all that proceeds therefrom can only generate struggles and conflicts of all kinds. The opposite is pure spirituality that permits to rise toward unity by transcending multitude and matter that all the same do not disappear. This authentic spirituality being the unifying principle of the multitude.

This theoretical proposition is supported by historical data and anthropology which teaches us that the community is constituted by a human group united through common and transcending belief; the existence of the community is conditioned by collective belief: no horizontality without verticality, and inversely.

In the history of traditional societies, the religious schism has been the vector of community subdivision divided into sects according to more or less diverging doctrines, all the same without threatening spirituality as such, whatever its form.

However, in modern times we are dealing with an entirely different phenomenon altogether: that of the re-questioning of spirituality as such. In a historical sequence spread out over a relatively long period, collective belief was subverted. This subversion has engaged a process of bursting open of the society, no longer into multiple sub-groups of believers, but into a multitude of pulverized individuals.

If we concentrate on the history of the three great monotheisms, we observe that schisms have eventually appeared on the basis of tribalism leading in most cases to political conflicts, unknown to the Kingdom of Israël of Ancien times, which divided itself up into two Kingdoms, each having its own version of the Torah. This historical example shows us that political and tribal division implicates religious divergence, and not the other way round. All the more so since all versions of the Torah ware drawn up with political aim favouring – through modification of the accounts this or that group of priests belonging to a Kingdom, to the detriment of another.

The first Kingdom of Israel was not at all a nation, as we know today, with – at its head a King with absolute power. But the Kingdom was constituted by a group of tribes reunited around a King with symbolic power, watched over by High Priests and Prophets, and balanced by the tribal chiefs. A feudal system close to that of France’s Former Regime, united not by iron, as the Jacobins would have had it, but by the uniting and transcending principle that is God; without which the King would have no legitimacy.

As for the sundry sects claiming Jesus as origin and that appeared in the 1st two centuries of the Christian era,, their number was proportional to the propagation of Christianity in the Mediterranean Basin, in the measure that the Christian religion was still not responding to any dogma or a solidly established clerical hierarchy. Each of the numerous Christian sects was the product of a syncretism between Jesus’ message and the pagan belief rooted in each region that Christianity had reached. There again, religious division was the doing of a form of tribalism; each community attributed the priority to its own tradition, over and above the evangelical message.

Islam was no exception. Some years after Mohamad’s death that had united the nomadic and sedentary Arabs, the Arabs of the North and South, around the spiritual principle of Divine Unity, the old tribal rivalries resurfaced and nourished the religious schisms, and thereafter, the political conflicts from Spain to Iraq, transiting by Arabia and Syria.

The Arabs’ profoundly tribal culture had relatively undermined the Moslem world. However Moslem civilization, strong from converted former peoples – notably the Persians (on the East) and Berbers (in the West) – tempered tribal character by urbanism and settling, thereby transforming general living conditions.

As from the first century of the Hegira, tribalism engendered religious schisms, which just aggravated divisions throughout the centuries that followed. Moslems convened by the following Koranic order: “Seize yourselves in the name of that which unites you with God, et don’t be divided or diverge!” (3,103). In another verse the Koran warned thus of the consequences of division: “Don’t be one of those who divided their religion and provoked schisms, each party being satisfied by its own doctrine!” (3, 31- 32)

The great scientist of the XIIth Century, Ibn Rushd (Averroès) explains that it’s because of theological interpretation, that some sages felt should be exposed to one and all, that the Islamic sects appeared. The consequence of that was that people were propelled into hate, mutual condemnation and war, tore into pieces the Revelation, and completely divided everyone against each other. The sects, he reports, accused each other of infidelity or damnable innovation, especially those that seemed perverse compared to the others.

Today, and for over 250 centuries, the most dangerous Islamic sect and the one most inclined to accuse the Moslems of infidelity and of damnable innovation, is the Wahhabite sect. This one distinguished itself from even the older sects, because historically and objectively it’s a movement for destruction of Islam from the interior; this thesis is, by the way, defended by Jean-Michel Vernochet. Wahhabism and Islamic reformism joined up and gave birth to the Moslem Brotherhood, a doubly subversive movement of the Moslem religion ; a Thesis and its antithesis, motors of what I would call, infernal dialectics. The bridges between Islamic reformism and Wahhabism were identified and exposed with abundant sources and documentation, notably by Hamadi Redissi.

Beyond its historical and eschatological role, Wahhabism was and still is a political and geopolitical instrument of great efficiency. It has permitted the Saud family to conquer Arabia, and thanks to British support, to stay in power over several generations, and to be spared after the First World War, and be exploited following the abolition of the Caliphate.

The Second World War was concluded, and Saudi Arabia became an American ally: the association of petrol, dollar and power made of Wahhabism an international ideology.

This propagation of the Wahhabi doctrine organized in detail by Saoud and the Anglo-protestants has had for consequence:

–         to win over many young Moslem converts from around the world to the cause of the Wahhabi preachers

–         to damage the image of Islam in non-Moslem eyes.

The Wahhabite “virus” injected into the body of the “Oumma” has prepared propitious terrain for applying a “civilization shock” strategy.

It is essential, if one wishes to produce an efficient analysis and bring to bear adequate answers to problems we are facing, to get to know the true origin – and through it the finality of the civilization shock strategy which dates far further back than just Samuel Huntington and Bernard Lewis. You shall discover all that in my book “The West and Islam”, which shall appear in September.

In the strictly geostrategic framework of Civilization Shock, the Wahhabite terror of which Al-Qaida and Daesh are offspring, plays a fundamental role. As we note in the Near-East that is being divided up again, groups such as Al-Qaida and Daesh have a double function:

1)      corrosive agent, destroying or threatening State integrity, as in Iraq, Yemen and Syria, to the point of preventing the constitution of a homogenous State or region

2)      attract strikes by the Atlanto-Israelian alliance, thereby preventing, for example, the Syrian army from advancing, or the Yemenite Ansarullah from establishing its hold on region or country

In effect, one lets Daesh settle in Iraq. Let’s remember that the former Iraqi Prime Minister, Maliki, an American ward, has let the Islamic State be constituted by provoking the voluntary retreat of the Iraqi army. Shy strikes announced by the Americans “against Daesh” must not fool us: these same Americans were much less “prudent” when they wanted to bomb Iraki civilian populations. Also, we know that on more than one occasion, the American army “lost” weapons to Daesh. Also Israel provided hospital access for Daesh terrorists returning from their front against regular Syrian troops, indeed Israel also bombed Syrian troops, letting everyone know of its alliance with the terrorists.

In fact Daesh seems to be accomplishing the tasks that Israel and NATO couldn’t do: have the Syrians disappear, and two: weaken the Hezbollah. This state of affairs illustrates perfectly the geostrategic role of international terrorism instrumentalized by developed powers in highly strategic regions. Another example: the exploitation of Tchechen rebels to thwart the Russian Federation’s attempt to colonize those regions.

International terrorism is an efficient and formidable tool, justifying military intervention, permitting to shatter States, offering arguments for Civilization Shock strategies … mercenaries at the beck and call of highest bidders. This in turn clarifies Wahhabite sectarianism and its potential issues, but does not solve the situation. This task is up to doctors of faith, especially as Wahhabite sectarianism is being useful notably to enhance and complicate civil war situations between Sunnis and Shiites.

The father of Wahhabism, Ibn Abd al-Wahhab has, in his book “Divine Unity”, perverted the finality of the concept of divine unity. Whereas the Prophet had united men around his concept, Abd al-Wahhab exploits it as an instrument of division, establishing a hierarchy that raises his partisans to the level of “chosen people”, above the Moslem masses, Sunnis and Shiites.

At this juncture I remind that at the time of Abd al-Wahhab and for the century following his death, Sunni wise men of four juridical academies in Nedjd, Hedjaz and Yemen, along with the Shiite and Sunni wise men of Iraq, have, by overwhelming majority, refuted Abd al-Wahhab and his “doctrine”.

Abd al-Wahhab was declared a heretic by a consensus of sages, amongst whom were his own masters; however there has never been a consensus among Sunni sages, to declare the Shiites as not being Moslem.

Without denying or masking doctrinal divergence between Sunnis and Shiites, the wise men must establish concord amongst Moslems, and distance themselves from secondary doctrinal questions, they must then return to the unifying spiritual principle that alone can transcend multitude and divergence: Unity. This they must do by calling upon the judgements of wise men of the XVIIIth and XIXth Centuries who had put Wahhabism in its just place, that of heresy.

The solution to the political and world problems, by common definition, shall flow from resolution of the religious problem, that is to say starting at the top.

Jean-Paul GOUREVITCH, expert international des questions africaines,

« Islamisme radical / islamophobie même combat? ».

En analysant le propos de la conférence, on peut s’étonner d’un tel titre qui semble mettre sur un même plan la barbarie de l’Etat Islamique décidée à faire disparaître par la violence toute trace de civilisation préexistante à l’islam et les propos d’organisations appelant à une réaction sans violence autre que verbale  contre ce qu’ils dénoncent comme une invasion sournoise des pratiques islamistes dans la société occidentales en prenant exemple du financement des mosquées, de la confusion entre associations culturelles et associations cultuelles, du non respect de l’interdiction de la burqâ dans l’espace public en contradiction avec la loi de 2011, des débats autour de la viande halal… La laïcité appellerait-elle à une contrecroisade contre l’islamisme ?

Ce n’est pas notre propos mais comme le fait observer le texte de présentation du colloque laïcité et islams,  la laïcité est aussi l’objet d’appropriations militantes et intéressées. Ce que je voudrais donc souligner ici c’est que la confusion entre islam et islamisme voire la tentative d’assimilation de l’islam au terrorisme qui est un des fondements de l’islamophobie utilise des procédés analogues à la propagande de l’islamisme radical et conforte de fait la tentative de subversion de l’islam radical pour générer des conflits confessionnels et une stratégie de rupture qui laisserait face à face le monde musulman et l’Occident.

Je m’appuierais pour cela sur mon ouvrage  La croisade islamiste sous-titré  pour en finir avec les idées reçues sortie en 2011et qui était prémonitoire puisqu’il annonçait l’invasion du Mali par les islamistes , la percée de Boko Haram non seulement au Nigéria mais dans les territoires voisins du Cameroun, du Niger et du Tchad, les attaques de Al Shebab au Kenya ou les attentats en France. Cet ouvrage va d’ailleurs être réédité et actualisé en 2016. Et je commencerai par un exemple visible : l’existence en France de deux Observatoires aux objectifs diamétralement opposés.

En ce qui concerne l’Observatoire national contre l’islamophobie, il est issu d’une convention entre le Ministère de l’Intérieur et le Conseil Français du Culte Musulman en 2010. Il a été installé en 2011 et son objectif est de recenser les actes hostiles aux musulmans en France grâce aux référents installés dans chaque région et aux plaintes transmises par les simples citoyens. Jusqu’à là rien que de très normal d’autant plus que cet observatoire qui dénonce les discriminations, les discours populistes et la généralisation d’une l’image négative de l’islam entend stigmatiser (je cite) la montée d’un certain radicalisme islamique qui nuit d’abord aux citoyens français de confession musulmane qui se sentent otages par des tentatives certes marginales mais fortement médiatisées d’imposer la vision d’un islam présenté comme intolérant, belliqueux, voire sanguinaire, encourageant un repli sur soi, communautariste et exclusiviste, non représentatif des dynamiques sociales dans les communautés musulmanes.

Mais son action est souvent confondue  avec le Comité Collectif contre l’Islamophobie en France créé en 2003 et soutenu par le Parti Socialiste, où l’on dérive de la lutte contre la discrimination au soutien du port du voile à l’école. Ainsi pour le porte-parole du CCIF Marwan Muhammad qui s’est associé à Tariq Ramadan et aux Indigènes de la République, et en dépit de la loi de 2004, la vraie laïcité autorise de porter le voile à l’école. Ce n’est pas moi qui le souligne mais le Plus qui est le blog du Nouvel Obs donc plutôt un compagnon de route du PS mais qui  dans son édition  du 8 novembre 2012 dénonce le double discours de ce collectif et ses chiffres truqués.

De l’autre côté de la barricade, si l’on peut dire, l’Observatoire de l’islamisation animé par Joachim Veliocas auteur notamment de « Ces maires qui courtisent l’islamisme » (Tatamis 2010) et soutenu par des mouvements comme Riposte Laïque, s’emploie à dénoncer systématiquement les subventions déguisées aux mosquées comme Argenteuil, Créteil ou Strasbourg, l’arrivée en France de personnes interdites de séjour comme le Cheik Mohammed Al-Hajiri venu prêcher pour la troisième fois dans la mosquée Abou Bakr à Roubaix (information reprise par le Canard Enchaîné qui n’est pas susceptible de sympathie pour l’extrême-droite) ou les discours incendiaires comme celui de l’ancien trésorier de cette même mosquée de Roubaix, Rachid Gacem, frère de l’actuel responsable, qui avait affirmé devant les caméras que si les musulmans deviennent majoritaires en France, ils appliqueront les peines de la charia.

Y-a-t-il des procédés identiques ? On pourrait continuer cette énumération mais ce que je voudrais souligner et ce sur quoi j’aimerais que l’on s’interroge, c’est la connivence des processus entre les tenants du radicalisme islamiste et ceux des islamophobes en Occident et plus spécifiquement en France. Je ne confonds pas les islamistes radicaux avec la majorité des musulmans et le chapitre que je leur ai consacré s’intitule explicitement l’islamisme contre l’islam. De même je ne confonds pas les islamophobes avec les partisans de la laïcité et le chapitre que je leur ai consacré s’intitule explicitement « la contrecroisade : de la laïcité à l’islamophobie », mais il y a des apparentements terribles.

Pour commencer les uns et les autres ont la certitude de mener le bon combat pour l’avenir de la République et plus largement du monde tout entier. Pour cette raison ils refusent tout compromis. Pour les islamophobes, il n’y a pas d’islamistes modérés car ceux qui se prétendent l’être font le jeu des radicaux et dans une situation de conflit choisiront plutôt leurs coreligionnaires que l’attachement à la laïcité républicaine. De la même façon,  pour les tenants de l’islamisme radical, la stratégie de l’entrisme progressif les pousse à considérer que chaque succès n’est qu’un moment de transition qui doit préparer le grand bouleversement, celui du moment où les musulmans seront majoritaires en France et où se posera la question de leur leadership. Cette perspective est moins lointaine qu’on ne l’imagine. Pour les experts du Pew Research Center, les musulmans représenteront en France en 2050 40% de la population, une progression due à la fois à l’immigration, au différentiel de fécondité et aux conversions et même si ces musulmans ne sont pas en majorité des radicaux ni parfois même des pratiquants, l’objectif des islamistes sera de constituer un fer de lance qui exacerbera la montée des tensions et les invitera à se regrouper sous leur bannière.

Le second procédé est la diabolisation de l’adversaire. Auquel on ne prête qu’un seul dessein,  la domination du monde et dont on grossit l’influence en dénonçant les complaisances des pouvoirs et des administrations en place, et en amalgamant au noyau dur la constellation de ses satellites et la nébuleuse de ses réseaux. Dans cette perspective les islamistes seraient une cinquième colonne avec des réseaux dormants multiples prêts à se réveiller aux premiers mots d’ordre, financés à la fois par l’étranger et l’islamo-business,  et pouvant compter sur une jeunesse manipulée dans une entreprise de bricolage idéologique et de justification de la délinquance au nom de la transcendance des valeurs. Les islamophobes au contraire seraient  des compagnons de route de l’extrême-droite prêts à profiter du succès des mouvements nationalistes et populistes pour,  au nom d’une identité nationale « refabriquée », traquer des musulmans qui représentent déjà plus de 15% de la population française et dont les islamistes se font discrètement les défendeurs. Pour les uns et les autres les adversaires représentent un espace dont le cercle est partout et la circonférence nulle part.

Enfin le troisième procédé est la dénonciation systématique des medias dont on assure qu’ils formatent l’opinion. Les uns font le compte des silences des medias sur les exactions et les prénoms des délinquants, pointent les dérives d’une justice aux ordres qui adouberait les coupables en négligeant les victimes et le laxisme d’un univers carcéral où la propagande islamiste se diffuse sous l’œil complaisant de l’administration. Les autres dénoncent la surmédiatisation des attentats islamistes qui dresseraient la population contre l’ensemble du monde musulman, la survalorisation des massacres et des  déprédations commises par les talibans et l’Etat islamique en oubliant que ce sont les Américains et les Occidentaux qui par leur intervention au Moyen Orient, en Irak ou en Libye ont allumé le feu.

Pourtant des lignes de fracture existent entre islamistes et la majorité de la population occidentale qu’elle soit musulmane, chrétienne juive ou incroyante. Ces lignes s’appellent éducation des filles, condition de la femme, refus de l’apologie de la violence, refus de la confusion entre le religieux et le politique, reconnaissance de la liberté de presse, de culte  et d’opinion dans une laïcité républicaine respectueuse de toutes les croyances.

En définitive le problème  est celui que posait déjà il y a vingt ans la revue Panoramiques : l’islam est-il soluble dans la République ? Elle soulignait que si l’islam occidental le serait progressivement si une dynamique ne venait pas de l’extérieur de l’Occident vivifier le combat des islamistes. Car dans ce nouveau cadre où il s’agirait  d’assurer la victoire de l’islam et non la préservation d’une civilisation, de droits de l’homme ou la sauvegarde de la planète , la stratégie islamiste se déploierait selon trois processus cumulatifs : une stratégie d’entrisme là où les musulmans sont très minoritaires, une stratégie d’affirmation là où ils représentent une forte minorité, une stratégie d’exaction là où ils se trouvent en situation de supériorité.

Ce serait en quelque sorte l’opposition entre deux conceptions de l’histoire. Selon une conception linéaire, les trois religions monothéistes, apparues à des âges différents ont eu besoin d’un temps spécifique pour intégrer la dimension historique. L’islamophobie percevrait que la succession des âges est inéluctable – âge théologique, âge métaphysique, âge historique, âge scientifique et critique- et que l’islam est en retard sur son époque, étant encore à l’âge historique celui du conflit armé entre ses branches sunnites et chiites comme l’Europe l’a connu au temps des guerres de religion et n’a pas atteint l’âge critique c’est pourquoi il prend au pied de la lettre des œuvres critiques comme les caricatures de Mahomet.

Au contraire les islamistes réfutent l’idée même d’une évolution historique et s’arc-boutent sur un moment privilégié de l’histoire, le califat, auquel ils veulent revenir. Cela ne veut pas dire qu’ils récusent le progrès technique. Au contraire leur communication marque qu’ils ont bien intégré les procédés techniques, psychologiques et médiatiques de gouvernance des esprits. Mais ces processus sont  au service d’une valeur plus haute, la transcendance qui peut concilier la lecture littérale du Coran et les impératifs de la mondialisation.

« Pour ne pas conclure », je citerais volontiers pour finir et pour élever le débat un texte qui pourrait être un récitatif de croisade et que j’emprunte au poète Saint-John Perse : C’étaient de très grandes forces en croissance sur toutes pistes de ce monde, et qui prenaient source plus haute qu’en nos chants, en lieu d’insulte et de discorde.

Jean-Paul GOUREVITCH, international expert on the African Question

« Radical Islamism and Islamophobia : same combat ? »

Upon analysing the conference’s premise, one can be astonished at the title that seems to put on one and the same level the barbary of the Islamic State hell-bent on eradicating violently any traces of pre-Islamic civilization, on the one hand, and on the other the propositions of organizations calling for measures no more violent than verbal against that which they denounce as a sly invasion of Islamic practice in Western society, for example the funding of mosques, sneaky confusion between cultural association and cult association, the non-respect of the banning of burqas in public spaces (which is in contradiction with the Law of 2011), … and so forth. Is secularism calling on a counter-crusade against Islamism?

It may not be relevant to our discussion, but as the presentation text of this Secularism and Islams Symposium has us observe, secularism is also the object of militant and coveting appropriation. So what I want to underline here is that the confusion between Islam and Islamism, or rather the attempt to assimilate Islam to terrorism which is one of the founding precepts of Islamophobia, uses processes that are analogous to radical Islamism propaganda, and deliberately supports the attempt to subvert radical Islamism in order to generate confessional conflicts and a strategy of division that would in full-faced confrontation the Moslem world and the West.

I lean for all that over my book “The Islamist Crusade” subtitled “to be done with programmed thinking”, this came out in 2011 and was somewhat premonitory because it announced the invasion of Mali by the Islamists, the piercing by Boko Haram not only in Nigeria but also in the neighbouring territories of Cameroun, Niger and Chad, the attacks by Al Shebab in Kenya, or the terrorist attacks in France. Moreover, my book goes on to be updated and re-edited in 2016. And I shall start with a visible example: the existence in France of two observatories of diametrically opposed objectives.

As for the National observatory against Islamophobia, it is the product of a convention between the Ministry of the Interior and the French Council of the Moslem cult in 2010. It was installed in 2011 and its objective is to inventory hostile acts against Moslems in France, thanks to referents installed in each region and to the complaints transmitted by simple citizens. Till now, nothing but the very normal, all the more so because this observatory that denounces discrimination, populist rhetoric and the generalization of a negative image of Islam, intends to stigmatize (and I quote) the rise of a certain Islamic radicalism that is in first measure prejudicial to French citizens of Moslem faith who feel they are hostages of attempts – that are indeed marginal but strongly mediatized – to impose the view of an Islam presented as intolerant, war-faring and even bloodthirsty, encouraging self-effacement, racist and exclusivist, non-representative of the social dynamics within the Moslem communities.

But its action is often confused with that of the Collective committee against Islamophobia in France established in 2003 and supported by the Socialist party, where one drifts from the struggle against discrimination, to support for wearing veils at school. Likewise for the CCIF spokesman Marwan Mohamad who joined up with Tariq Ramadan and the Republic’s Indigenous, and in spite of the Law of 2004, true secularism authorizes wearing veils at school. I’m not the one who underlines that, it’s Plus (the Nouvel Observateur magazine’s blog), therefore a socialist party companion, but that in its 8th November 2012 edition denounces the group’s duplicity and falsified statistics.

On the other side of the barricade, if we may, the Islamisation Observatory animated by Joachim Veliocas, notably the author of “These French Town Halls that court Islamism” (Tatamis Edition, 2010) and supported by movements like Riposte Laïque, concentrates on denouncing systematically the camouflaged subventions granted to Mosques such as the one at Argenteuil, Creteil and Strasbourg Cities, the arrival in France of persona non grata such as Cheik Mohamad Al-Hajiri who came to preach for the third time at the Roubaix City Abou Bakr Mosque (this information is from the Canard Enchaîné publication that has no sympathy for the extreme right wing) or blazing speeches such as the one by the former Treasurer of the same Roubaix Mosque, Rachid Gacem, none other than the brother of the mosque’s current Imam, who claimed in front of cameras that if Moslems become in the majority in France, the Sharia shall be applied here.

Are there identical processes? We could continue this list but the idea I want to underline and that on which I would like us to interrogate ourselves, is the connivance between islamist radicalism’s followers and those of Islamophobes in the West and more specifically in France. I don’t confuse radical Islamists with the majority of Moslems; indeed the chapter I devote to them is explicitly entitles “Islamism against Islam”. Likewise I do not mix up Islamophobes with secularism’s partisans, so the chapter I devote to them is explicitly entitled “The counter-crusade: from secularism to Islamophobia”. Nevertheless there are some frightful similarities.

For a start, both sides are certain to be on the right side for the Republic’s future and even further: for the future of the entire world. For this reason, each side refuses any and all compromise. For the Islamophobes, there is no such thing as a moderate Islamist because even those who claim so to be are just playing with radical precepts, and in a given conflict situation choose automatically their religion’s colleagues and comrades, rather than Republican secularism. Likewise, for followers of radical Islamism, the progressive entry strategy pushes them to accept that each success is only a moment of transition in preparation of the great upheaval, that of the moment when Moslems shall be in the majority in France and the question of their leadership becomes imperative. This perspective is not as far away as one might normally imagine. For Pew Research Centre experts, in 2050 Moslems shall represent 40% of the population, a progression owed as much to immigration, as to fecundity differential, conversions, … and even if these Moslems are not radical in their majority and oftimes not even practising, the Islamists’ objective shall be to constitute a lance that can prod tensions to rise and shall invite them to regroup under their banner.

The second process is that of diabolizing the adversary. To the latter one attributes only one design: world domination, and then one exaggerates his influence by denouncing the mediocrity of public powers and the inefficiency of the administrations, finally by labelling him, his cells and networks, as pitiless monstrous hardliners. In this perspective, Islamists become an army of secret members and projects lying in wait to mobilize at a moment’s notice, funded by subversive foreign elements and Islamo-business, and already counting on youth manipulated and brain-washed in ideological workshops that justify delinquency and civil disobedience as value transition. Islamophobes, on the other hand, are extreme-right-wing highway companions ready to profit from the success of nationalist and populist movements in order – and in the name of “recomposed national identity” – to hunt down Moslems who already make up 15% of the French population and who are discretely protected by the Islamists. For both sides, the adversaries represent space whose circle englobes all without any exposed circumference.

Finally, the third process is that of systematic denunciation of the media who are formally accused as opinion-formatters. On the one side, one exposes media silence on exaction and delinquent identification, criticizes the wayward drift of a justice system that just obeys orders that “understand” the guilty, and requires that victims understand even the laxity of the penal system in which even muscled Islamist propaganda is diffused under the sympathetic eye of wardens and guards. On the other hand, one denounces over-exposure of Islamist terrorist attacks by media that mobilize the entire nation against the Moslem world, and deny that Westerners in particular Americans exploit Talibans, Daesh and others to destabilize regions (in the Middle East, in North Africa, and elsewhere) which in turn must then yield to American demands in order to be “protected”.

Nevertheless, real lines of contention exist between Islamists and the majority of the Western population, whether Moslem, Christian, Jewish or Agnostic. These lines delimit education for girls, women’s rights, rejection of pro-violence arguments, refusal to mix religion and politics, recognition of freedom of the press, of cult and of opinion in the framework of Republican secularity that respects all belief systems.

Ultimately, the problem is that identified already twenty years ago in the revue Panoramiques: Are Islam and Republic compatible? But the answer has changed radically. Because now, we are dealing with an Islam that just demands victory and neither preservation of a civilization, nor respect for existing rights of man or even for planetary ecology. Islamist strategy is tri-phase: simple Moslem entry as a minority in a civilization, then increasing self-affirmation and claims as the minority decides it’s getting strong enough, and finally uncompromising demands if considered strategic enough.

This would in some measure imply opposition between two opinions of History. The linear conception, the three monotheist religions that appeared separately in time have each needed a known amount of time to integrate the Historical dimension. Islamophobia perceives that the succession of ages and eras is definite: theological age, metaphysical age, historical age, scientific and critical age, however Islam has been retarded into still being in the historical age of armed conflict between its two movements – Sunni and Shiite, just as Europe went through its own wars of religion – and has been prevented from reaching the critical age, and that is for example why the reaction to cartoons of the Prophet Mohamad was so “extreme”.

On the other hand, Islamists refute the very idea of “Historical evolution” and fixate on one point in History, that of the Caliphate, and wish to recreate and develop that point. All the same, they somehow don’t feel they should condemn technical and scientific progress, and advances in government and mind values, if this progress and these values can serve their Centre, because ultimately they note that transcendental values can reconcile literal Koranic reading and application with the imperatives of globalization.

“In order not to conclude” though to elevate this debate, I would voluntarily quote a text I borrow from Saint-John Perse: They were massive forces growing on all paths of this world, and who took their source higher than in our chants, into a place of insult and of discord”.

Débat avec le public

 

Deuxième table ronde

Modérateur :Michel RAIMBAUDancien ambassadeur 

Second Round Table

 

Moderator: Michel RAIMBAUDformer ambassador

 

Ghaleb BENCHEIKH,islamologue et écrivain,

« Qu’est-ce que l’islamophobie ? ».

 

Autant qu’on se débatte de tout ce qu’on veut … une formation politique – surtout si elle aspire à revenir aux affaires et à gouverner notre pays tout en sollicitant au suffrage, d’ailleurs, a le droit d’aborder les questions cruciales pour notre nation, ce qui m’a semblé bizarre c’est que l’on soumet à l’approbation d’une tranche de la nation, ce qui concerne l’autre tranche. Et je ne suis pas sûr que du point de vue purement démocratique, c’est ce type de comportement soit a minima acceptable – pire : il faudrait voir au niveau légal si c’est possible ou pas, pour qu’il y ait des hommes qui soulèvent ces questions-là … malheureusement il y en a parmi les hiérarques musulmans qui se sont aplatis … qui sont allés cautionner ladite convention. Donc ça c’est le préambule de ce que je voulais vous dire, même si ça m’a pris deux minutes.

Revenons à ce que c’est l’islamophobie.

Quand on ne connaît pas un concept, on essaie déjà de le déconstruire au niveau de son étymologie … l’islamophobie serait en l’espèce une peur irraisonnée, pathologique, maladive … de ce qui nous concerne maintenant c’est l’islam. Et quelqu’un qui est peureux, qui est malade, on ne peut que compatir à son état, et essayer de faire en sorte qu’il guérisse de sa maladie. Que voudrait-on faire … que voudrions-nous faire pour un arachnophobe, un hydrophobe, un claustrophobe, ou un agoraphobe ? Le premier a peur des araignées, le deuxième a peur de l’eau, le troisième a peur de l’exiguïté, le quatrième a peur de la foule et ne prendra surement pas la parole devant les gens … enfin, pas trop le charger, on essaie de trouver les canaux pour qu’il guérisse et l’accompagner … encore une fois j’allais dire … en compatissant à son état.

De ce point de vue-là, un islamophobe pourrait peut-être prendre en charge sa maladie, d’autant plus que s’il délègue sa capacité d’entendement aux relayeurs d’opinions, aux faiseurs d’opinions … si, tous les jours – je le dis sous la voûte commune de la laïcité dans ce lieu le temple de notre démocratie laïque – si tous les jours que Dieu fait … on a à faire à un Boko Haram, Daech, la monstruosité idéologique ou hachis … tous ces mots anxiogènes … eh bien, si non recevable, au moins compréhensible la dicte islamophobique, et à mon avis il incombe aussi davantage aux citoyens musulmans et surtout leurs hiérarques, de tout faire pour apaiser les tensions, rassurer, rasséréner, expliquer … renouer avec l’humanisme d’expression arabe qui a prévalu en contexte islamique, oblitérer et effacer des mémoires … ignoré, totalement méconnu … et ce travail-là est à mener en interne, en intra, bon je ne veux pas qu’il y ait « eux » et puis « nous » au sein d’une même nation solidaire, fraternelle et prospère pour tous, et la prospérité est pour tous, et c’est pour ça que le mariage est pour tous.

Maintenant, pardon, je ne veux pas nécessairement chercher une quelconque paternité de déontologie, mais je distingué l’islamophobie de la mysislamophobie…. Aah !? Qu’est-ce que c’est que cette misislamophobie ? Eh bien on est misislamiste comme on est misogyne ou misanthrope. C’est-à-dire qu’il y a une haine, déclarée, assumée comme telle, il y a une hostilité revendiquée à l’encontre de tout ce qui est islamique ou musulman. Et cette misislamie – et je pense que c’est le mot qui est approprié, de mon point de vue, est condamnable, et elle doit tomber sous le coup de la loi, et elle est inacceptable, et elle mine notre société commune … je ne dis plus vivre ensemble, vivre ensemble est un mot hauché comme disent les linguistes à propos des « mots-valises » : on les accroche facilement à côté, on ne sait même pas à quoi ça rime.

Sommes-nous ensemble, dans la confiance, dans la symbiose, dans la synergie, dans une volonté de construire une nation commune, ou sommes-nous ensemble tout en étant dans la méfiance, dans la défiance, dans la crispation, dans le repli, etcétéra. Dans tous les cas, nous sommes ensemble, donc ce fameux « vivre ensemble » est à sublimer ou à transcender en une volonté et un engagement commun pour construire une nation commune, elle-même reposant sur une branche-mère qui est effectivement celle de la dimension chrétienne de notre nation – je ne dirai même pas judéo-chrétienne, je dis simplement chrétienne parce que le trait d’union entre judéo et islamique est beaucoup plus craignant dans l’histoire des civilisations, que le trait d’union entre judéo et chrétienne, je l’ai beau cherché je ne l’ai pas trouvé avant Jules ESSAC, je l’avais beau cherché, je ne l’ai pas trouvé pas avant FREUD, j’avais beau creusé dans l’archéologie de l’histoire, je l’ai trouvé peut-être dans le MAYFLOWER – il y avait quelques juifs qui étaient partis avec les protestants traversant l’océan des ténèbres (l’Océan atlantique), en revanche le trait d’union dans judéo-islamique date de MAYBOUNID, de Sa’adia GAROD, d’Ibn GAROGH, de PAKOUTA, de DAVIROÈS qui ne plaît pas à certains de nos amis ici présents et qui sourient.…

Eh bien, c’est pour ça que nous devons revisiter l’histoire, ça me paraît de la plus haute importance. Et donc la misislamie, cette haine, cette hostilité, cette déclaration de guerre, ces mensonges, ces élucubrations, ces balbuties, ces biles fêlées ces … doivent cesser, et il incombe à nous tous, et qui que nous soyons et qui sommes animés de cette volonté d’être ensemble, de dénoncer. Donc nous construisons une nation commune sur une roche mère qui a été enrichie par des apports successifs, et que la séquence « ministère de l’identité nationale » soit à jamais oubliée en dépit des dégâts que ça puisse occasionner.

Alors (et ça sera le mot de la fin) si nous voulons que l’islamophobie – pas au sens que j’ai défini, mais au sens que certains mettent en avant, soit ceux qui pleurnichent – le mot « pleurnichent » n’est pas juste, en réalité, oui, parce que « à juste raison » tous les jours, atteints dans leur dignité, altérés, ratatinés, eh bien d’un côté, ou ceux qui disent « Ah ! … de grâce ne nous mettez pas ce concept en avant parce que vous allez faire en sorte que … on ne critique plus l’Islam ! » … B’en non, critiquons, critiquons, bienvenue à la critique … toute idéologie, toute théologie, toute philosophie, toute doctrine, toute pensée religieuse qui fuit le débat, qui esquive le champ des idées, qui ne s’affirme pas dans la clarté, dans la transparence, dans les échanges de critique constructifs, finissent par être idéologie, théologie, doctrine, philosophie, pensée religieuse, qui s’atrophie, qui se vulnérabilise et à qui il ne reste plus que la terreur pour pouvoir subsister encore quelques années. Nous sommes demandeurs de débat, nous sommes demandeurs d’échanges et même de critiques constructives, et ce n’est pas votre serviteur qui ait osé à appeler à la refondation de la pensée théologique islamique qui va esquiver le champ des idées, et le travail constructif d’une critique qui porte.

Donc l’argument qui consiste à dire : « Vous nous mettez comme un écran de fumée la dénonciation de l’islamophobie, pour que l’on ne puisse pas critiquer la religion islamique ! » est un argument spécieux et captieux, et donc il incombe, cette fois-ci, aux théologiens musulmans, et surtout à leur dignitaire, leur responsable, de s’atteler à la vaste entreprise qui consiste à voir qu’est-ce qui ne va pas … sortir de la raison religieuse, sortir d’une religiosité crétinisante, aliénante, « sauvage » comme le dit le Cardinal Danièle LOUP, nous pouvons le mener, nous pouvons le faire dans un contexte serein sous le climat démocratique de notre république, et nous devons le faire, mais ça n’incombe pas à une formation politique de s’y pencher ni au gouvernement, d’ailleurs, de régenter le culte islamique, c’est une affaire qui doit être interne à la frange islamique de la nation, si petit à petit le pari de la connaissance des concepts et des mots va prendre … de mon point de vue, la misislamie porte beaucoup plus que l’islamophobie, et si nous sommes arrivés à ces situations-là c’est à cause de la défaite de la pensée, de la démission de l’esprit, de l’abdication de la raison et de l’abandon de la réflexion.

Donc laissons place à la réflexion, à la raison, à l’esprit et à la pensée, en amont de toute action fusse-t-elle politique qui est salutaire pour le devenir de l’agression.

 

 

 

Ghaleb BENCHEIKH, Islamologist and author

“What is islamophobia?”

We can debate on any subject of our choice … a political party – especially if it aspires to return to power and to govern our country, by soliciting suffrage, moreover, has the right to tackle the crucial questions for our nation, though what has appeared strange to me is that one submit to the approval of one segment of the nation, what concerns the other segment. And I’m not sure that from the purely democratic point of view, that this kind of behaviour is in the least acceptable, even worse: it would be necessary to determine from the legal standpoint, whether it is at all possible. Unfortunately, even some members of the Moslem hierarchy went and approved and recommended the convention in question.

Now that was the preamble to what I have been wanting to tell you, even if it took a couple of minutes.

So let’s get back to islamophobia.

When one doesn’t know a concept, one attempts etymological decomposition … so Islamophobia would be a mindless unhealthy pathological fear … of that which concerns us now: Islam. And someone who is fearful, who is unwell, one can but commiserate with his/her state, and try to get that person to heal from the disorder. What would one want to do … what would we want to do for an arachnophobe, a hydrophobe, a claustrophobe, or an agoraphobe? The first is afraid of spiders, the second is afraid of water, the third is afraid of closed spaces, and the fourth is afraid of crowds and most assuredly won’t speak in public.… Well, not to confuse any of the fourth, one tries to find channels for healing and accompanying the person … yet again I was going to say: and for commiserating with his/her state.

From that point of view, an islamophobe can take charge of his/her own disorder, even more so if he yields his/her insight to opinion traders, to those who make opinions … if, every day and I say this beneath the common vault of secularism in this place, the temple of our secular democracy – if, every Day, God has … we have to deal with Boko Haram, Daesh, ideological monstrosity or hash … all these anxiety-inducing words … then, if unacceptable, at least comprehensible the islamophobic diktat, and in my opinion this right is even more indicated even more for Moslem citizens and above all for their hierarchs, to do everything to calm tension, reassure, explain … to renew relations with the Arab humanist expression that has been prevailing in Islamic context, to obliterate and erase from the memories … unknown, totally unknown … and that work has to be managed as intern, ok so I don’t want it to be “us” and “them” at the heart of one and the same collegial, brotherly nation that is prosperous for all, and prosperity is for everyone, and that’s the reason why marriage is now for everyone.

Now, pardon me, I don’t necessarily want to seek any deontological paternity, but I do distinguish islamophobia from misislamophobia … aaah! What’s this misislamophobia? Well, one is misislamist just like one is misogynous or misanthrope. That is to say that there is a hatred, declared, assumed as such, there is an official hostility against everything that is Islamic or Moslem.

And this mislamism – I think the word is appropriate – is condemnable from my point of view, and must be so declared before the law, it just undermines our common society … I no longer say “live together”, to live together is a cliché expression, as linguists say of “bag words”: one just hangs them on anything, without attributing any coherent and complete sense to them.

Are we together, in confidence, in symbiosis, in harmonious collaboration, in the will to construct a common nation, or are we together in mistrust, in defiance, in tension, and so forth? In any case, we are together, so this famous “to live together” is to be subliminal or to transcend a will and a common engagement to construct a common nation, itself attached to a mother-branch that is effectively that of the Christian dimension of our nation – and I don’t say “Judeo-Christian”, I do say just “Christian”, because the hyphen between “Judeo” and “Islamic” has far more to be feared in the History of civilizations, than the hyphen between “Judeo” and “Christian” and the latter I sought at some length in vain, I didn’t find any before Jules ESSAC, before FREUD and perhaps I found a sampling on the MAYFLOWER – there were several Jews traveling with the Protestants across the Sea of Darkness (the Atlantic Ocean), on the other hand, the hyphen in “Judeo-Islamic” goes back to MAYBOUNID, to Sa’adia GAROD, to Idn GAROGH, to PAKOUTA, to DAVIROES who doesn’t appeal to some of our auditors here present and who are now smiling….

Well, it’s for that that we must revisit History, it seems of the highest importance to me. So misislamia, this hatred, this hostility, this declaration of war, these lies, these falsifications, these babblings, these split marbles (mental weaknesses, these … must cease, and it’s up to us, whoever we are so long as we want to be together, to denounce them. So we build a common nation on our mother rock enriched by waves of arrivals over centuries, and may the “Minister of national identity” episode be forever forgotten, despite any damage that may cause.

Therefore, and it’s my last word: if we want islamophobia (not in the sense I defined, but in the sense advanced by some, those who whimper it’s not a fair word, in reality) because “for good reason” every day, battered in their dignity, altered, neglected, well on one side, or those who say “Oh please don’t use that expression, otherwise we shall no longer criticize Islam!” …Well, I say “No! Let’s criticize, let’s criticize, welcome criticism … every ideology, every theology, every philosophy, every doctrine, every religious thought that flees debate, that ignores ideas, that doesn’t clearly identify itself in transparent manner for constructive criticism, winds up by being an ideology, a theology, a doctrine, a philosophy, a religious thought that atrophies, that wounds itself so that it needs to exploit terror to survive just a few more years.

We do require debate, we do require exchange and even constructive criticism, and it’s not your humble servant who dared call for the refoundation of Islamic theological thought, who is going to try to avoid the field of ideas, and the constructive advantage of pertinent criticism.

So the argument that consists in stating: “You are hampering us with a smokescreen called islamophobia, to stop us from criticizing Islamic religion!” is specious and insidious, therefore this time it’s up to Moslem theologians and especially their leader, the person responsible, to saddle up on the vast enterprise of checking for problems … to exit religious and alienating reasoning, to exit cretinizing alienating religiosity that is – as Cardinal Danièle LOUP claims, “savage”, we can take the lead, we can do so in a serene context of our Reoublic’s democratic atmosphere, and we must do so, however thisis not up to just a political party or a government, even, to regiment Islamic cult, it’s the internal affair of our nation’s Islamic fringes, if little by little the bet of concept and word mastery takes … from my point of view, misislamia is worse than islamophobia, and if we have reached such situations, it’s because of the defeat of thought, the resignation of the mind and spirit, the abdication of reason and the abandon of reflexion.

So let’s get back to reflexion, to reason, to mind, thought and dialogue, as superior alternatives to even any healthy political action that prones aggression.

Abdallah ZEKRI,président de l’Observatoire National contre l’Islamophobie, Membre du Conseil Français du Culte Musulman,

« Les nouveaux modes d’expression de l’islamophobie en France ».

Le deuxième intervenant de cette partie fut Abdallah ZEKRI, président de l’Observatoire National contre l’Islamophobie, Membre du Conseil Français du Culte Musulman, qui a exposé « Les nouveaux modes d’expression de l’islamophobie en France ».

À titre d’introduction générale, on peut affirmer que les migrations d’origine musulmane en Europe et notamment en France ne datent pas d’hier. En effet, plusieurs générations ont été installées depuis le 19 siècle et ont contribué aux efforts des développements économiques de la France et à défendre la nation en y sacrifiant leurs âmes dans les conflits de la première et la deuxième guerre mondiale. Les enfants et petit enfants de ces familles d’origine musulmane, ne se sentent pas pour autant, traités citoyens à égalité dans notre pays des droits de l’homme, des libertés et d’égalité. Facilement reconnaissables par leur couleur de peau, leur nom et origine, ils sont discriminés et marginalisés par plusieurs formes visibles et invisibles, dans leur vie quotidienne.

Malheureusement, les événements d’origine externe ou interne, liés à l’origine musulmane de leur familles, donc leur croyance et modes de vie, servent d’alibi pour semer d’avantage la haine, l’intolérance et l’exclusion.

Aux moments de l’explosion de plusieurs modes d’islamophobie – discrimination fondée sur la peur de l’islam-l’Etat garant de la stabilité et de la paix, souvent pour des raisons d’enjeux électoraux, ne joue pas suffisamment son rôle de manière ferme, claire et exemplaire, alors que ses citoyens français d’origine musulmane se comptent par millions !

Je tenterai donc, dans un premier temps, de présenter très brièvement, les sources d’alimentation de l’islamophobie, avant de préciser dans un deuxième temps ses modes d’expression et de proposer enfin en troisième lieu quelques préconisations.

  1. Principales sources d’alimentation de l’Islamophobie en France

Depuis les attentats terroristes abominables du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, encore plus graves depuis le 11 janvier 2015 en France, les musulmans installés en Europe et en occident depuis des générations ont été les premiers à être gravement touchés par ce climat de plus en plus difficile et deviennent la cible d’une hostilité accrue, malgré les alertes et les efforts des organisations et associations qui militent pour la paix, la tolérance et le bien vivre ensemble.

Les musulmans sont pris en otage et sanctionnés à triple titres :

– d’abord, par les actes barbares que portent les extrémistes islamistes qui salissent les vraies valeurs de l’Islam, (paix et tolérance),

– ensuite par les actes discriminants de plusieurs formes d’islamophobie, (individus et institutions)

– enfin, par les restrictions, surveillances et instaurations de lois par l’Etat lui-même contre les libertés de conscience et principalement sur la base d’une interprétation fallacieuse de la laïcité.

  1. Eléments de cadrage de la notion d’Islamophobie.

La notion d’Islamophobie qui semble la plus largement adoptée est « l’ensemble des actes de discrimination ou de violence contre des institutions ou des individus en raison de leur appartenance, réelle ou supposée à l’Islam. Les différentes formes d’actes commis sont provoquées et légitimées par des opinions, des discours voire des lois incitant à l’hostilité et au rejet des musulmans.

Le foulard islamique, Hijab, le Niqab ou voile intégral, la jupe longue, le repas hallal, le salafisme, le fanatisme, le fondamentalisme, la guerre sainte, le jihadisme, les guerres en terres d’Islam et la liste est longue, sont devenus les nouveaux modes d’expression de l’islamophobie en France.

Ils sont de manière directe ou indirecte associés à l’islam pour semer la confusion et prêter à cette grande religion pratiquée par plus d’un milliard d’individus tous les travers, déviations et formes d’extrémisme.

Le commun des mortels se trouve submergé de concepts qu’il ne maîtrise pas, mais qui renvoient tous à l’Islam. Les sources d’alimentation sont multiples et variées.

  1. Sources événementielles internationales et comportements extrémistes

Loin de moi l’idée de nier toutes les crises qui secouent le monde arabo-musulman, la complexité des rapports et tensions en terres d’islam, l’impact de ces crises sur les jeunesses en quête de sens mais le raccourci est vite établi pour associer ces crises profondes à l’islam. Les agitateurs pour différents conflits d’intérêts sont nombreux, soutenus et alimentés par les rivalités externes.

Depuis les conflits israélo-palestinien des années 40, jusqu’aux attentats sanglants de ces dernières années, en passant bien évidement par les interventions militaires de l’occident, dans les pays musulmans, l’idéal des rapprochements entre les peuples et les objectifs de paix, de tolérance et du bon vivre ensemble, ne fait que s’éloigner.

Cette situation pousse malheureusement les extrémistes à commettre des actes et les frustrations des jeunes devant la faiblesse et la lenteur des interventions des services de l’Etat ne font qu’aggraver davantage les comportements extrémistes de tout bord.

  1. Sources culturelles et éducatives

Aucun travail pédagogique n’est adopté pour cerner ces concepts et voir leur lien avec cette grande religion qui prêche la paix, l’ouverture et la tolérance. Apprendre les vraies valeurs de l’Islam à nos jeunes et aux autres est loin d’être un objectif.

La faillite morale de la classe politique et son incapacité à apporter des réponses en profondeur, dans le cadre d’un nouveau projet de société, aux questions et interrogations, aux défis et craintes des français, les conduisent à trouver dans l’islamophobie et ses différentes expressions le bouc-émissaire et le terrain fertile pour échapper à leurs responsabilités. Certains pseudos intellectuels ou intellectuels faussaires (pour reprendre l’expression de M. Pascal Boniface) se servent aussi de ces concepts pour soit vendre, trouver une visibilité ou tout simplement venir grossir les rangs de ceux qui estiment que la nation est menacée par un ennemi invisible qui constitue en quelque sorte une cinquième colonne.

Il faut également noter que la marginalisation et l’ignorance de la contribution de la culture Islamique dans les domaines de la science, à la civilisation mondiale et notamment occidentale, aboutit à des formes méprisantes et islamophobes.

  1. Sources institutionnelles et politiques de l’islamophobie

* Laïcité : interprétation fallacieuse de la neutralité de l’Etat

La loi de 1905 garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes, ainsi que la non-discrimination et l’égalité des citoyens devant la loi, quelle que soit leur religion. La séparation de l’Etat du Culte est le moyen pour y parvenir. Donc la neutralité est exigée. La loi exprime que la religion n’est pas affaire d’Etat. Pourtant, l’Etat intervient ces dernières années par différents moyens, même législatif.

Ce glissement fondé sur une interprétation fallacieuse de la neutralité de l’Etat est dénoncé par plusieurs spécialistes Français, mondialement connus, dont le principal est le fondateur même de la sociologie de la laïcité : Jean Baubérot. (CNRS). Ce dernier met en garde la France « Le combat pour la défense des valeurs de la France laïque, glisse peu à peu vers la négation de la religion. Notamment chez ceux à qui l’Islam fait peur ».

C’est pourtant l’Etat Français qui donne l’exemple d’une déviation et provoque la frustration des intellectuels (hommes et femmes) et les jeunes musulmans en imposant des lois et circulaires sur le foulard à l’école, le hallal, ….

Ceux qui sèment la haine, les phobies et l’exclusion à l’égard des musulmans, profitent de ces amalgames pour inciter à voter des lois stigmatisant encore plus les musulmans de manière directe ou indirecte.

C’est à ce titre que des politiques et certains universitaires islamophobes poussent aujourd’hui en faveur d’une interdiction du foulard même à l’université ! Le sommet de la haine et du ridicule !

Des personnes de mauvaise foi prétendent même qu’il y a des difficultés à gérer les étudiant(e)s portant les foulards à l’université, alors que nos universitaires musulmans ne relèvent aucune difficulté vis à vis de cette question, bien au contraire, la pudeur et le respect des règles de la part des étudiantes musulmanes sont connues. Ces étudiantes sont majeures et libres de porter ou pas le foulard selon leur conviction et conscience. Imposer son interdiction provoque la marginalisation des milliers de jeunes étudiants des bancs du savoir et seront discriminés, ce qui risque de produire davantage de frustration.

L’interdiction des signes religieux est une forme de discrimination directe contre des personnes de croyances minoritaires et une discrimination institutionnelle et systémique qui nourrit l’islamophobie et la xénophobie.

  1. Sources socioéconomique et médiatiques

* Socio-économiques : L’exclusion, les crises économiques et le traitement médiatique partial ou biaisé sur les musulmans, alimentent les frustrations des jeunes et des familles d’origine musulmane. La citoyenneté de cette tranche de population est ébranlée.

* Médiatiques :

Les médias classiques (journaux, télévisions, radios, revues, magazines…) sont devenus les vecteurs de l’islamophobie. A travers l’invitation de personnes controversées et connues pour leur haine à l’égard de l’islam et des musulmans, elles viennent déverser leur haine et leurs insultes, sans qu’il y ait un véritable débat et sans prendre la moindre élégance d’inviter de véritables spécialistes et contradicteurs. Ces pseudo-intellectuels ou intellectuels faussaires (pour reprendre l’expression de Pascal Boniface) se trouvent, au nom d’une pseudo liberté d’expression, libres d’insulter et de propager la haine et la confusion, sans mesurer la portée et les conséquences de leurs propos.

Connues pour leur racisme et leur haine pour l’islam et les musulmans, elles se servent de concepts fabriqués s de toutes pièces, sans qu’il y ait un véritable recul épistémologique et scientifique, pour justifier leur haine. Je pense particulièrement au concept d’islamisme : que signifie-t-il ? Parle-t-on de concepts similaires pour les autres religions : N’y-a-t-il pas là une volonté de semer la confusion et se voiler derrière ces concepts pour justifier leur haine et leur racisme ?

Certains avancent à visage masqué en essayant de faire la différence entre Islam et ce concept fabriqué de toute pièce Islamisme pour se livrer à un discours islamophobe. D’autres affichent d’emblée la couleur et assimilent l’Islam, grande religion de plus d’un milliard de personnes, au terrorisme fanatisme pour ne pas qualifier tout simplement cette grande religion de fascisme. N’a-t-on pas entendu le premier ministre et d’autres relais se servir de ce scandaleux concept. Mesurent-ils la gravité de leurs propos ?

Ces vecteurs classiques que sont les médias ne sont plus les seuls à relayer ces discours islamophobes, mais ils sont concurrencés et dépassés par la toile et les réseaux sociaux. Ces derniers se livrent librement à des propos et insultes dépassant toute limite.

  1. Evolution des différents modes d’expression d’Islamophobie

* Les formes discriminatoires du passé

Sans s’attarder sur ce point, les propos et incitation à la haine des musulmans, violence et agressions physiques ou verbales, les refus d’accorder des lieux de culte dignes (Mosquées et salles de prières), les ghettos et comportement racial direct ou indirect à leurs égards dans les domaines de l’emploi et du logement constituent les principales formes d’islamophobie.

La société Française a évolué favorablement sur un certain nombre de points, tels que le nombre de mosquées et l’amélioration dans les vies urbaines de banlieue, ou la répression juridique des discriminations, mais de nouvelles formes sont apparues, liées à plusieurs facteurs et la société Française ne s’adapte pas et cumule des retards.

* Les formes actuelles des discriminations islamophobes

En outre des formes de discrimination citées précédemment, nous devons ajouter :

– les menaces, les projectiles, les graffitis, les caricatures, les crachats,

– les arrachages répétitifs de foulard aux femmes musulmanes,

– les lancements de projectiles dans les mosquées et salles de prières,

– des insultes et injures anti musulmans dans les réseaux sociaux,

– enfin, des blocages aux Français musulmans cadres, à la prise de hautes responsabilités dans la fonction publique et les grandes sociétés.

Ces formes directes sont souvent renforcées par des formes indirectes comme moyens de propagation : alibis, couverture, amalgames ou frayeurs infondées.

* Statistiques et analyse de l’ONCI du CFCM (Observatoire National Contre l’Islamophobie du Conseil Français du Culte Musulman) : le CFCM a recensé et comparé les dérives islamophobes durant le 1er trimestre 2015 par rapport au 1er trimestre 2014 : IMPLOSION DES ACTIONS, DES MENACES et de la CYBER HAINE – AUGMENTATION de 500 % DES ACTES

Jamais depuis la mise en place de l’Observatoire National de lutte contre l’Islamophobie en 2011, dont le terme a été employé par le Président de la République et qui vient d’être reconnu par la CNCDH (Commission Nationale consultative des Droits de l’Homme) et cela malgré l’opposition d’hommes politiques de droite, comme de gauche, les actes anti musulmans n’ont connu une telle implosion par des actions, menaces ou sur les réseaux sociaux.

Janvier 2014 : 4 actions + 10 menaces    :     14 actes

Janvier 2015 : 44 actions + 134 menaces            :  178 actes

AUGMENTATION : 1 171 %

Février 2014 : 3 actions + 7 menaces      :    10 actes

Février 2015 : 2 actions + 16 menaces    :  18 actes

AUGMENTATION : 80 %

Mars 2014 : 5 actions + 8 menaces        :    13 actes

Mars 2015 : 10 actions + 16 menaces     :     26 actes

AUGMENTATION : 100 %

Le nombre d’actes commis uniquement en janvier 2015 à savoir 178, dépasse largement les actes commis durant toute l’année 2014, à savoir 133.

En définitive pour le 1er trimestre 2015 il y a eu 222 actes anti musulmans (56 actions et 166 menaces) contre un total de 37 actes en 2014 (12 actions + 25 menaces), soit 500 % d’augmentation.

Si cette implosion des actes anti musulmans s’explique pour certains en raison du mois de janvier 2015, suite aux évènements dramatiques qu’a connu notre pays après les crimes abjects, horrifiants et terrifiants envers les journalistes de Charlie Hebdo, cela ne peut, en aucun cas, justifier ce sommet de haine ou de vengeance à l’égard des Français de confession musulmane qui ne sont ni responsables ni coupables des actes terroristes qui ont endeuillé le pays par des islamistes criminels qui se revendiquent de l’Islam pour commettre de tels crimes.

Concernant les actions, c’est la première fois qu’il a été enregistré des jets de grenade ou des tirs par arme à feu.

Pour le reste, il s’agit des actions contre des lieux de culte, dégradations de commerces appartenant à des Français de confession musulmane ou inscriptions de tags nazis par des apprentis nazillons qui passent leur temps à fleurir les murs de nos mosquées.

LES DISCRIMINATIONS :

L’Observatoire National de lutte contre l’Islamophobie est saisi en permanence depuis l’année 2014 et cela s’est amplifié en ce premier trimestre 2015 de Français de confession musulmane, de femmes et d’hommes victimes de discrimination d’origine institutionnelle (dans l’enseignement, la police, les collectivités locales, la SNCF, etc…).

C’est purement et simplement du racisme et le rejet d’hommes et de femmes qui aspirent à être respectés.

Est-ce que le VIVRE ENSEMBLE existe réellement en France ?

Est-ce que la devise de la République : Liberté, Egalité, Fraternité a toujours un sens ? La question se pose, malheureusement.

Tout cela se passe sans aucune réaction de la part de la classe politique, qui, au lieu de dénoncer une telle dérive, essaie de lui trouver des raisons.

C’est ainsi que lors des dernières élections départementales, pour gagner des voix, certains hommes politiques de droite comme de gauche n’ont pas hésité à surfer sur des thèses du Front National pour proposer encore une Loi sur le voile ou le foulard à l’Université, ou la formation des Imams, ou les repas de substitution, ou la déchéance de la nationalité Française, ou la laïcité, ou l’intégration, etc….

Un intégrisme nourrit un autre intégrisme et il ne faut pas s’étonner que des jeunes se sentant exclus, marginalisés, accusés de tous les maux, se radicalisent et vont se faire tuer gratuitement, considérant qu’ils n’ont plus d’avenir dans ce pays. On appelle cela le désarroi.

Les nouveaux modes d’expression sont le lot quotidien, véhiculés par des vecteurs cités précédemment pour alimenter le soupçon et nuire à la communauté musulmane de France.

À part dans quelques cercles académiques et scientifiques respectables, aucun débat sérieux n’est mené pour éclairer les citoyens français sur les causes de ces guerres, de ces extrémismes. Les conséquences sont avancées pour expliquer et justifier ce discours xénophobe et islamophobe. Les états occidentaux n’ont aucune responsabilité dans les conflits qui secouent les terres d’islam. Les ingérences et la volonté de défendre ce pré carré en soutenant des régimes qui ne représentent qu’eux-mêmes, à travers leur armement, sans parler des pillages économiques et financiers auxquels sont exposés les peuples musulmans. Les états occidentaux maintiennent leurs hégémonies politique, culturelle, scientifique et sociale en terre d’islam. Ils exacerbent les contradictions et accentuent les divisions au sein de ces peuples pour asseoir leur domination.

Sans un traitement de choc efficace, juste et rapide, les risques des dérives sont nombreux pour notre pays dont sa population ne souhaite qu’à vivre en paix et harmonie. Une population de Français musulmans qui avoisinera bientôt les huit millions d’habitants pèsera sur plusieurs plans : électoral, économique, scientifique et social…

III. Quelques préconisations

  1. sur le plan institutionnel et politique

– Lutter contre toutes les formes de l’islamophobie (la haine, le racisme, l’exclusion….) et instaurant des lois strictes et procédures précises

– Interdire l’utilisation abusif et fallacieux de la Laïcité

– Promouvoir les droits et obligations des citoyens Français musulmans

– Développer les organismes de défense des droits des minorités

– Encourager le bon vivre ensemble et à la citoyenneté

– Favoriser l’émergence d’une élite de Français musulmans…

– réduire les délais lents en matière du pénal…

  1. sur le plan socio-économique

– Favoriser l’emploi des jeunes français musulmans dans les administrations publiques

  1. sur le plan éducatif

– Encourager la formation et la culture de l’Islam

En conclusion : je relève que les peuples musulmans sont les victimes et les plus grands perdants de ces conflits et tensions.

En servant aux peuples occidentaux ces nouveaux modes d’expressions islamophobes avec la complicité des médias qui relayent ces concepts, les états occidentaux se dédouanent de leurs responsabilités historiques.

Le fossé ne cesse de se creuser entre les communautés et les dangers guettent ce vivre ensemble très fragile. Nous ne sommes plus à l’abri d’autres déflagrations. La classe politique doit pleinement assumer ses responsabilités. Les intellectuels honnêtes et respectables doivent se mobiliser. Les bonnes volontés, les bonnes consciences doivent conjuguer leurs efforts pour apporter leurs contributions afin d’apaiser le climat anxiogène et rendre les relations et rapports entre communautés plus fraternels.

Les médias doivent respecter une déontologie sans faille et cesser de diffuser des propos xénophobes et islamophobes. Ils doivent être soumis à une charte beaucoup plus stricte avec toutes les sanctions qui doivent leur être infligées en cas d’écart ou d’incitation à la haine.

L’éducation nationale doit aussi assumer ses responsabilités, à travers des programmes qui restituent la vérité, éclairer les élèves et les rendre de véritables citoyens critiques et de simples consommateurs prêts à avaler tout et n’importe quoi.

Nous sommes aussi libres de penser que nous sommes en face d’un courant néo-fasciste regroupant des extrémistes de tous bords, des gauchistes, des laïcistes intégristes et des extrémistes de droite. Il s’agit d’une coalition hétéroclite mais unie et animée par la haine des arabes et des musulmans.

La banalisation de l’islamophobie est sans limite et touche toutes les sphères de la société française (femmes et hommes politiques, pseudo-intellectuels, personnalités du monde de l’art, écrivains….).

Certains pseudo intellectuels ou intellectuels faussaires s’improvisent comme spécialistes de l’islam et du monde arabo-musulman sans aucune connaissance ni maîtrise de la langue arabe, du texte et du contexte et encore moins des cultures et civilisations.

Les conséquences de nouveaux modes d’expression islamophobes sont graves et catastrophiques, ils stigmatisent une communauté et banalisent la haine et la xénophobie.

Le nombre d’actes islamophobes ne cesse de s’accroitre et devient très inquiétant. On peut donner des statistiques d’actes, d’injures, d’atteintes physiques à caractère islamophobe.

Toutes les couches sont touchées par ce phénomène très inquiétant, que les autorités françaises tardent à prendre très au sérieux.

Je peux citer le cas d’un groupe d’universitaires lynchés médiatiquement avec des propos xénophobes, des amalgames, des raccourcis, sans qu’ils puissent avoir la possibilité de se défendre sur les plateaux de télévisions et dans la presse celles et ceux qui les diffament bénéficient d’une couverture médiatique sans équivalent. Ces universitaires connus pour leur intégrité, leur sérieux et leur dévouement, se sont transformés du jour au lendemain en mafia, clans, trafiquants avec la complicité d’une administration d’inspecteurs censés observer la neutralité et l’objectivité dans l’appréciation et l’évaluation des faits, documents et auditions.

Il ne peut y avoir aujourd’hui en France du 21è siècle, des zones d’exclusion, des populations marginalisées, discriminées et moins libres et des jugements de deux poids deux mesures.

La France est pays indivisible dont sa devise « Liberté, Egalité, Fraternité » doit être une réalité quotidienne pour tous ces citoyens.

 

 

Abdallah ZEKRI

President of the National Observatory on Islamophobia,

Member of the French Council for Moslem Cult

“Islamophobia’s New Modes of Expression in France”

The second speaker of this part of the symposium was Mr. Abdallah ZEKRI, President of the French National Observatory against Islamophobia, and also Member of the French Council of the Moslem Cult, and he exposed “The New Expressions of Islamophobia in France”.

By way of general introduction, one can affirm that migrations of Moslem origin into Europe and notably into France are not recent. Indeed, several generations have settled here since the 19th Century and have contributed to economic development in France, to French national defence during the World Wars, and much more. Yet their children and grandchildren are still not considered citizens with full rights, whereas France boasts its human rights record around the world, and its moto of Liberty, Equality and Fraternity. These folk are generally easily identifiable by their appearance, locution, names and attitudes, yet they are targeted so that they cannot improve themselves and blossom freely.

Unfortunately, events of external or internal origin related to the Moslem origins of their families still serve as excuse to spread hate, suffering, intolerance and exclusion. Indeed, at this time of strong proliferation of several forms of islamophobia (discrimination founded on the fear of Islam), the French State, guarantor of stability and peace, often for reasons of electoral stakes, doesn’t manifest its role firmly enough in clear and exemplary manner, whereas French citizens of Moslem origins are counted in millions!

Therefore, first of all I shall attempt to present very briefly, the sources maintaining islamophobia, before going on to specify as second point, its various expression modes, and finally some suggestions as our third point.

  1. Main sources maintaining islamophobia in France

Since the abominable terrorist attacks of 11th September 2001 in the United States, that are even more serious since the 11th January 2015 in France, Moslems settled in Europe and in the West in general for some generations now have become the first to be seriously touched by this increasingly difficult climate, and become the target of increased hostility, despite alerts and efforts by organizations and associations who mobilize for peace, tolerance and living well together.

Moslems are taken in hostage and thrice punished:

– barbarian acts of sabotage by “extremist” Islamists who pervert Islam’s true basic values (peace and tolerance)

– prejudicial discriminatory acts by “Islamophobes” acting alone or in groups

– limitations legalized by the French State itself against freedom of conscience and principally on the basis of fallacious interpretations of secularism

  1. Elements for processing the notion of Islamophobia

The notion of Islamophobia that seems to be the most widely adopted is “the entire range of discriminatory or violent acts against individuals or institutions and aimed at the latters’ real or supposed association with any manifestation of Islam”. The different forms of acts committed are provoked and legitimized by private or public measures promoting hostility towards and rejection of Moslems.

The Islamic head-scarf, hijabniqab or integral veil, the all-covering clothing, hallal food, Salafism, fanaticism, fundamentalism, Holy War, jihadism, wars on Islamic territories … and the list is much longer, have become newly targeted by Islamophobia in France.

They are directly or indirectly associated with Islam, to sow confusion and attribute to this great religion practiced by over a billion persons, all sorts of quirks, deviations and forms of extremism.

The most ordinary folk find themselves submerged by concepts they can’t master, but that all refer to Islam. Sources of nourishment are multiple and varied.

  1. International factual sources and extremist behavior

Far from me the idea of denying all the crises that shake the Arabo-Moslem world, the complexity of relations and tensions on Islam’s lands, the impact of these crises on youth in quest of direction, but the shortcut is quickly established, to associate these profound crises to Islam. Agitators provoking various conflicts of interest are numerous, supported and nourished by external rivalries.

Since the Israelo-Palestinian conflicts of the 40s, till the bloody terrorist attacks of recent years, passing evidently through Western military intervention into Moslem countries, the ideal for merging these people and the objectives of peace, tolerance, living well together, is just going further and further away.

This situation unfortunately pushes extremists to commit acts, whereas youth frustration before the weakness and sluggishness of intervention by State services, just aggravate all dimensions of extremist behavior.

  1. Cultural and educational sources

No pedagogic work is adopted to grasp these concepts and detect their relationship to this great religion that preaches peace, opening and tolerance. To teach Islam’s true values to our youth and to others is far from being an objective.

Moral bankruptcy of the political class and its incapacity to provide in-depth answers, within the framework of a new project of society, to questions and interrogations, to the challenges and fears of the French, lead them to find in Islamophobia and its various forms the scapegoat and fertile territory to escape their responsibilities.

Certain pseudo-intellectuals, or false intellectuals (to quote Mr. Pascal Boniface’s expression), further exploit concepts in order to sell off, dupe or quite simply to swell the ranks of those who feel that the nation is threatened by and invisible enemy that is somewhat akin to a fifth column.

It must equally be of note that marginalization and ignorance of Islamic cultural contribution in the fields of science throughout the world and in particular in the West, results in spiteful and islamophobic acts.

  1. Institutional and political sources of islamophobia

* Secularism: fallacious interpretation of the neutrality of the State

The Law of 1905 guarantees freedom of conscience and free cult practice, as well as non-discrimination and equality of citizens before the law, whatever their religion. The separation of State and Cult is the way to get there. Therefore neutrality is indispensable. The law states that religion is not an affair of State. However, the State has been intervening these past years and in various ways, including legislative.

This drift based on a fallacious interpretation of the State’s neutrality is denounced by several French specialists, renowned worldwide, of whom the main one is the very founder of the sociology of secularism: Jean BAUBEROT of the National Scientific Research Centre. The latter warns France that: “The combat for the defence of France’s secular values is drifting progressively towards denial of religion. Notably by those afraid by Islam.”

It is however the French State that gives the example of deviation, and provokes intellectual (male and female) frustration, young Moslems imposing circular laws on school scarves, hallal, ….

Those that sow hatred, phobias and exclusion regarding Moslems, profit from these disturbances, just to incite voting of laws that stigmatize Moslems even more, whether directly or indirectly.

In this way, islamophobic politicians and academicians push today in favour of banning the headscarf at University, even! This is the climax of hatred and of ridicule!

People of bad faith even pretend that there are difficulties managing students who wear headscarves at University, whereas our Moslem academicians report no such difficulty, on the contrary, the decency and conformity of female Moslem students is famous. These students have reached adult age and are free to wear or not a headscarf, according to their conviction and conscience. To impose such a ban provokes marginalization of thousands of young students on the benches of wisdom, where discrimination will just produce more frustration.

The banning of religious symbols is a form of direct discrimination against minorities and their beliefs, and systematic institutional discrimination that nourishes islamophobia and xenophobia.

  1. Socio-economic and media-friendly sources

* Socio-economic: exclusion, economic crises and biased mediatization aimed at Moslems, nourishes the frustration of Moslem families and their youth. The citizenship of this segment of the population is disturbed

* Media-friendly: classic media (newspapers, television, radio, revues, magazines,…) have become vectors for islamophobia. Through invitation of people known for their hatred of Islam and Moslems, to express hatred and insults, without any veritable debate, and without even the decency of inviting true specialists and detractors. These pseudo-intellectuals, or false intellectuals (to quote Mr. Pascal Boniface’s expression), find themselves, in the name of a so-called “freedom of expression”, free to insult and to propagate hatred and confusion, without measuring the range and consequences of their pretentions. Known for their hatred and for their racism of Islam and Moslems, they exploit fabricated statistics without any real scientific or epistemological basis: I refer in particular to their concept of Islamism and what it means. Do other religions involve the same concepts? Is there not there the will to sow confusion and hide behind concepts just to justify hatred and racism?

Some of them advance with masks on their faces, attempting to differentiate between Islam and the newly fabricated concept of Islamism, in Islamophobic speeches. Others are more straight-forward and assimilate Islam, this great religion of over a billion members, to fanatized terrorism, or even fascism. Have we not heard the Prime Minister and others use this scandalous concept? Do they measure the gravity of their propositions?

These classic vectors that are the media are not the only ones to relay Islamophobic rantings, they are even rivaled and surpassed by the web and the social networks. The latter indulge freely in comments and insults beyond any limit.

  1. Evolution of the different modes of expression of Islamophobia

* Discriminatory forms of the past

Without overly lingering on this point, encouragements and incitement to hatred of Moslems, physical or verbal violence and aggressions, refusal to grant worthy places of worship (Mosques, and Prayer Rooms), the ghettos and direct or indirect racial behavior with regards them in the fields of employment and lodging constitute the main forms of Islamophobia.

French society has evolved favorably on a certain number of points, such as the number of mosques and improvement in city suburb life, or juridical repression of discrimination, but new forms have appeared, related to several factors and French society isn’t adapting and so is accumulating belatedness.

* Current forms of Islamophobic discrimination

As well as the preceding cited forms of discrimination, we must add:

– threats, projectiles, graffiti, exaggerated cartoons, spitting

– repeated snatching of Moslem women’s head-scarves

– throwing objects into mosques and prayer rooms

– insults and libel against Moslems on social networks

– stopping qualified French Moslems from taking high-responsibility jobs in the public sector or in major companies

These direct forms are often reinforced by indirect propagation means: alibis, cover-ups, unfounded harassments,….

* Statistics and analysis by the ONCI of the CFCM National Observatory against Islamophobia of the French Council for Moslem Worship): the CFCM has inventoried and compared islamophobic drifts during the 1st Trimester of year 2015, in comparison to the 1st Trimester 2014: DRAMATIC MANIFESTATION of ACTS, THREATS and CYBER-HATE – 500% INCREASE in the number of ACTS.

Never since the establishing of the National Observatory of Struggle Against Islamophobia in 2011, with the word being coined by the President of the Republic and officially recognized by the CNCDH (National Consulting Commission of Human Rights), and all that despite opposition by leftist and rightist politicians, had acts against Moslems known such manifestation of acts and threats, also on social networks.

January 2014: 4 actions + 10 threats    :     14 acts

January 2015: 44 actions + 134 threats    :  178 acts

INCREASE OF: 1 171 %

February 2014: 3 actions + 7 threats      :  10 acts

February 2015: 2 actions + 16 threats    :  18 acts

INCREASE OF: 80 %

March 2014: 5 actions + 8 threats        :    13 acts

March 2015: 10 actions + 16 threats     :     26 acts

INCREASE OF : 100 %

The number of acts committed solely in January 2015 – i.e. 178, is far more than the total number of acts committed throughout 2014, i.e. 133.

By way of sum for the 1st Trimester 2015, 222 anti-Moslem acts were inventoried (56 actions, 166 threats), against a total of 37 acts in 2014 (12 actions + 25 threats) – this is a 500% increase.

If this intensification of anti-Moslem acts can be explained by events during January 2015, in the wake of the dramatic acts that our country went through after the abject, horrifying and terrifying crimes against Charlie Hebdo journalists, that can in no way justify this peak in hatred or vengeance against the French of Moslem persuasion who are neither responsible for nor guilty of the terrorist acts that have put our country into mourning by Islamist criminals who claim to belong to Islam just to commit such crimes.

Concerning these actions, it’s the first time on record that grenades and bullets have been shot.

As for the rest, those were actions against places of worship, degradations of businesses belonging to French citizens of Moslem confession, or Nazi graffiti by apprentice Nazis who spend time decorating the walls of our mosques.

THE DISCRIMINATIONS:

The National Observatory for struggle against Islamophobia is permanently contacted since 2014, and in particular in 2015, by French men and women of Moslem faith and who are victims of discrimination of institutional origin (in education in the police, in local interest groups, in the Railways Administration, etc….).

It’s purely and simply racism and the rejection of men and women who aspire to be respected.

Does LIVING TOGETHER really exist in France?

Does the Republic’s motto: Liberty, Equality, Fraternity still have any meaning? This question is valid, unfortunately.

All these things are going on without any reaction by the political class which, instead of denouncing such a drift, always tries to explain it away.

It’s thus that during the last departmental elections, to win some votes, some left and right wing members didn’t hesitate to exploit extreme right-wing National Front theses in order to propose yet another law on wearing veils or headscarves at University, or on training Imams, or on substitute meals in public establishments, or on depriving of the French Nationality, or on secularism, or on integration, or so forth.

One fundamentalism just nourishes another, so one mustn’t be astonished that today’s youth feel excluded, marginalized, accused of all evil, become radical extremists and have themselves killed, considering they have no future in this country. That’s what one calls disarray.

New methods of expression are today’s lot, transmitted by the above-exposed vectors for creating suspects and damaging the Moslem community in France.

Besides some respectable academic and scientific circles, there is no serious debate underway to clarify for French citizens the causes of the hostilities, of the extremisms. Consequences are advanced to explain and justify the xenophobic and islamophobic rhetoric. Western States have no part of the responsibility in the conflicts that shake the Islamic lands. The interferences and the will to defend that turf by supporting regimes that only represent themselves, using weaponry, without mentioning the economic and financial pillage to which Moslem people are exposed. Western States maintain their political, cultural, scientific and social hegemony on Islam’s lands. They aggravate the conditions and accentuate the divisions at the heart of these people in order to ensure their domination.

Without efficient, just and rapid shock treatment, the risks of drifting off mark are numerous for our country whose population only wishes to live in peace and harmony. A population of French Moslems that shall soon neighbor on eight million inhabitants shall make its weight felt on several dimensions: electoral, economic, scientific, social….

III. Some recommendations

  1. Institutional and political

– Struggle against all forms of Islamophobia (hatred, racism, exclusion,…), and pass strict laws and precise procedures.

– Forbid the abusive and fallacious use of Secularism

– Promote the rights and obligations of French Moslem citizens

– Develop the defence organisms of minority rights

– Encourage good Living Together and citizenship

– Favour the emergence of a Moslem French elite

– Reduce the length of procedures and penalties in matters perceived as penal

  1. At the socio-economic level: favour employment of young French Moslems in public administrations.
  2. On the educational level: encourage Islamic training and culture.

In conclusion: I note that Moslem people are victims and the bigger losers of these conflicts and tensions.

By serving Western people these new Islamophobic expressions with media complicity, Western States are immunizing themselves from their historic responsibilities.

The ditch between the communities grows ceaselessly, and dangers prey upon this very fragile Living Together. We are no longer sheltered from other holocausts. The political class must fully assume its responsibilities. Honest and respectable intellectuals must mobilize themselves. Goodwill and good conscience must conjugate their efforts on providing contributions to appease the anxiety-producing atmosphere and to rendering more fraternal relations and exchanges between communities.

Media must respect a flawless deontology and stop diffusing racist and Islamophobic rhetoric. They must be submitted to a much stricter chart with all the sanctions that must be inflicted for deviation or inciting hatred.

National education must also assume its responsibilities, through programs that restitute truth, clarify for pupils and make of them veritable citizen critics and not simple consumers ready to swallow everything and anything.

We are also free to think that we are faced with a neo-fascist tendency that regroups all sorts of extremists, leftists, fundamentalist laymen and right-wing extremists. It is a motley coalition but united and animated by hate towards Arabs and Moslems.

Banalization of Islamophobia is limitless and touches all spheres of French society (male and female politicians, pseudo-intellectuals, personalities of the art world, authors,…).

Some pseudo-intellectuals or false intellectuals improvise as specialists of Islam and of the Arab-Moslem world without any knowledge or mastery of either text or context and even less of cultures and civilizations.

The consequences of the new modes of Islamophobic expression are serious and catastrophic, they stigmatize a community and banalize hate and xenophobia.

The number of Islamophobic acts doesn’t cease to grow and becomes very worrying. There are available statistics of acts, insults, physical assault bearing an Islamophobic character.

All classes are touched by this very worrying phenomenon that French authorities are too long in taking seriously.

I can quote the case of a group of academicians lynched by the media with xenophobic rhetoric without them having any possibility of defending themselves on live TV and in the press. And those that defame and slander have unequalled media coverage. These academicians known for their integrity, their seriousness, their devotion, are transformed from one day to the next, into a mafia, a clan of smugglers in complicity with administrative inspectors deemed to be observing neutrality and objectivity in their appreciation and evaluation of the facts, documents and auditions.

There can no longer be in this 21st Century France, zones of exclusion, marginalized populations, discriminated against and less free, and double-standard judgements.

France is an indivisible country whose motto “Liberty, Equality, Fraternity” must be a daily reality for all citizens.

Élie HATEM,avocat à la cour, enseignant à la Faculté Libre de Droit, d’Économie et de Gestion de Paris (FALCO),  

« L’Islam : un espoir pour la France? ».

L’intitulé de mon intervention peut paraître provocateur pour certains, surtout – comme il a été souligné – qu’en ce moment, l’Islam – il faut le dire – a une mauvaise presse. Au départ, au niveau international, mais également au niveau national … international, on l’a vu, c’était depuis le 11 septembre, la fameuse date du 11 septembre, mais au niveau national comme il a été souligné, il y a eu l’affaire du voile, et puis l’émergence – il faut le dire, quand même – les marchés du halal qui dérangent beaucoup certains, mais également beaucoup d’autres mouvements … vous savez, quand vous allez dans certains endroits, dans certains quartiers, on n’a plus l’impression d’être en France, pays catholique, on voit de plus en plus je dirais une impression de culture musulmane, et puis également il y a un autre facteur qui est celui qui fait peur de plus en plus aux gens, ce sont les conversions.

Conversions à l’Islam ?… attendez … hier soir je me suis un peu aventuré en regardant un peu les différentes estimations sur ce mouvement de conversion. Alors, vous savez, c’est toujours très difficile de pouvoir estimer les différentes conversions. Effectivement, je me suis le plus fondé plutôt sur une estimation que je considère plus officielle, qui est celle du ministère de l’intérieur.

Effectivement, en 2014, il y a eu, selon le ministère de l’intérieur, 4.000 conversions à l’Islam en France. Mais, je me suis dit par curiosité, et sachant que le catholicisme est en recul considérable en France, j’ai jeté un coup d’œil pour voir combien il y a eu de conversions au christianisme. Eh bien figurez-vous que j’ai trouvé que c’est presque le double – mais pas au catholicisme, ce sont les conversions aux églises évangéliques, aux mouvements messianiques ! Et j’ai regardé de plus en plus, et j’ai vu qu’en Afrique, il y a plus de 667 conversions au christianisme … PAR HEURE ! Et le christianisme (les écoles évangéliques, les messianistes, etc., va devenir la religion la plus importante en Afrique, mais on n’en parle pas … pourquoi ? Tout à l’heure il y a quelqu’un … Troy DAVIS ou bien Samuel Huntington, qui a cité qu’il y a une volonté je pense qui est une certaine tension … une tension dans un pays en particulier en France qui présente – il faut le dire – un problème, un malaise.

Et même si je sors du sujet, et quand même quand on a parlé de cette population qui se trouve en France, c’est l’islam français ou plutôt c’est l’islam qui n’est plus une religion, on ne peut pas parler des musulmans de France, ce sont des Français de culte musulman.

Alors de quoi s’agit-il ? Il s’agit quand même – il faut le dire – de population issues de l’immigration, une immigration massive à laquelle notre pays la France a assisté sans avoir – il faut le dire – ni la volonté ni la capacité d’intégrer et d’assimiler ces populations à notre culture. Pourquoi ? On verra tout à l’heure, et d’ailleurs, le sujet qui peut présenter une certaine antilomie entre islam et laïcité … vous verrez que c’est l’islam qui va vous permettre d’avoir cette lueur d’espoir pour les vraies valeurs de la France.

Donc un marasme de population qui se trouve ici, qui est complètement désemparée, qui est totalement perdue, et elle doit s’attacher à un modèle, or il n’existe plus de modèle en France, en raison de la laïcité. Et aujourd’hui le mal ce n’est pas l’islam, mais c’est la laïcité, car depuis 1789, la France a assisté à un mouvement d’ex-culturation … un mouvement d’ex-culturation parce que –il faut le dire – les révolutionnaires français voulaient faire comme le disaient les révolutionnaires « table raz du passé ».

Qu’est-ce que « table raz du passé » ? C’est renverser la société française ! C’est renverser la sociologie française, porter atteinte à la religion catholique française, et pourvu petit à petit, à la place de la religion catholique, on a érigé l’athéisme comme religion d’Etat, avec le culte de la raison, et puis plus tard le culte de l’Être suprême. Mais après on a commencé à reculer, et surtout avec Napoléon BONAPARTE, et puis après on a fait trôner la laïcité.

La laïcité c’est comme les autres courants : le culte de la raison, le culte de l’Être suprême, et dès que ces notions – et ce n’est pas moi qui le dit – vont disparaître, c’est la franc-maçonnerie qui elle est fière d’avoir provoqué la Révolution française, avec pour objectif de dé-cristalliser la France, de couper la France de ses racines, de son identité millénaire, et quand je parle de la religion, il ne faut pas simplement mettre l’accent sur l’aspect, je veux dire, spirituel, car la religion a également une valeur culturelle, elle a également une valeur sociale, une valeur politique, et pour vous donner une petite illustration : vous pouvez … nous pouvons tous vérifier, nous rappeler, de l’OSM (Organisation du sionisme mondial) qui a érigé presqu’essentiellement la création de l’état d’Israël sur un facteur … lequel ?… c’est rassembler tous les croyants juifs du monde pour créer pour eux un état, et créer de toutes pièces une nation – la nation israélienne qui est celle … un Etat avec un peuple qui a la même religion.

Et la France malheureusement, aujourd’hui, ça fait deux siècles – mais qu’est-ce que deux siècles par rapport à mille ans ? – ce n’est (excusez-moi, il ne faut peut-être pas le dire, mais je le dis : c’est un détail de notre histoire, c’est un détail de l’histoire de France – je pense que Jean-Marie Le Pen n’est pas là. [hilarité, murmures]

Alors … alors … alors – ce n’est pas péjoratif d’ailleurs … après l’histoire du détail il y a eu un changement dans le dictionnaire … alors deux cents ans je dirais de matraquage, de propagande, qui est celle de cette laïcité, qui n’est pas une séparation de l’église et de l’Etat comme il a été dit, mais c’est une manière déguisée de continuer cet effort de disloquer, de dés-identifier la France, de l’exculturer, de la couper de son histoire, de ses racines. Tel est l’objectif de cette laïcité qui est devenue une religion d’Etat, et qui est devenue – je dirai – une certaine dictature qui s’impose à tout le monde. Jusqu’au moment … là, on a vu que ce mouvement … là, je dirais …  de l’Islam, de l’émergence de l’islam, de cette crainte, de cette peur … et en fait une peur de quoi ? Une crainte de quoi ? Ecoutez : moi, je vais vous dire une chose : cet hiver a été très rude, mais pas d’un point de vue climatique … je ne sais pas si vous vous en êtes rendu compte ou pas : il y a eu beaucoup de virus. Eh bien, moi ce que j’ai fait cet hiver c’est que je ne suis pas du tout tombé malade, je me suis fait vacciner. Quand je me suis fait vacciner, je le prenais comme je ne conduis pas, je prenais le métro, le bus, je marchais avec tout le monde et je n’attrapais pas de virus … pourquoi ?… parce que c’est mon corps qui est immunisé.

Aujourd’hui, si la France prend en considération ce facteur qui est inhérent à sa société, comme les juifs et comme les musulmans, … qui sont pour certains aujourd’hui en train de se radicaliser, c’est parce qu’il se trouvent dans un milieu qui est la République Française avec toute cette laïcité qui a créé un vide, un vide … non pas simplement spirituel mais un vide culturel. Et comme le disait Aristote, la Nature a horreur du vide. C’est ce qui explique que ce vide soit complet, par tout, par ces différentes conversions, comme je le disais, au protestantisme, à l’islam, au sectarisme, cette perte des valeurs, cette … je dirais … cette dépression chez certains qui font que certains allaient se lancer dans le jihad sans savoir ce que c’est que le jihad, d’ailleurs.

D’autres gens qui sont issus de cette immigration et qui sont venus, je le disais, et qui n’ont pas de modèle … comment voulez-vous les assimiler à aucun modèle … quand ils n’ont pas de vision, quand ils sont dans le vide. Et c’est normal pour eux de retourner quand même à leur culture d’origine ou originelle. Parce que l’homme est voué à la recherche du futur, et je vous renvoie également à l’exemple russe : est-ce que la Russie après des décades de communisme, de dictature et d’athéisme a pu retrouver la foi, grâce à l’effondrement du communisme.

Et aujourd’hui, qui est-ce qui va permettre au monsieur de mettre un terme peut-être à cette mauvaise propagande qu’on nous a imposée depuis deux siècles, qui est celle de la laïcité ? Eh bien j’ai trouvé contrairement à la grande majorité des autres … et c’est pour ça que je disais que j’étais immunisé … c’est l’Islam, ce mouvement, cette peur qui est en train d’être lancée, doit nous permettre, doit permettre aux Français, de retourner à leurs racines chrétiennes, catholiques, et que la religion catholique redevienne la religion de l’Etat, la religion d’état par exemple, et dans ce cas-là, croyez-moi il n’y aura pas de crainte des musulmans, car l’Etat catholique interdira le blasphème, et il n’y aura plus ce problème qu’il y a eu récemment contre Charlie Hebdo, et aujourd’hui vous ne pouvez pas attaquer … pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas de loi pour le blasphème, parce que nous sommes dans un pays qui est antireligieux, qui est anti je dirais de plus en plus… français. Donc c’est la raison pour laquelle je trouve une lueur d’espoir dans l’émergence de l’islam.

Élie HATEM

Court Lawyer, Teacher at the Free Faculty of Law, of Economics and of Management of Paris (FALCO)

“Islam: hope for France?”

The title of my intervention may seem provoking to some, especially – as has been underlined – that at the present time, Islam – it must be said – has bad press. For a start, at the international level, but also at the national level … the international, we’ve seen that, as on 11th September, that notorious date of 11th September, but also at the national as was underlined: there was the matter of the veil, then the emergence – it must be said, all the same – the halal markets that disturb greatly some people, but equally many other movements … you know, when you go some places, in certain neighbourhoods one no longer has the impression of being in France, a catholic country, one sees more and more I would say the impression of Moslem culture, and then also another factor that frightens people more and more: the conversions.

Conversions to Islam?… Wait a moment… yesterday I adventured a little into looking a little at the different estimations on this conversion movement. Therefore, you know, it’s always very difficult to be able to estimate the different conversions. Effectively, I based myself more on an estimation that I consider more official, which is that of the Ministry of the interior.

Yes indeed, in 2014 there were, according to the interior ministry, 4.000 conversions to Islam in France. But I said to myself by curiosity, and knowing that Catholicism is considerably more backseat in France, I glanced to see how many conversions there were to Christianity. Well just imagine that I found it’s almost double – but not to Catholicism, these were conversions to evangelical churches, to Messianic movements! And I looked more than more, and saw that in Africa, there were more than 667 conversions to Christianity … PER HOUR! And Christianity (evangelical schools, Messianic, etc.) is going to become the most important religion in Africa, but we don’t talk about it … why?

Just a brief while ago, someone … Troy DAVIS or Samuel HUNTINGTON … cited that there is some will I think which is a certain tension … a tension in a country in particular in France that presents – it must be said – a problem, an awkwardness.

And even if I stray from the subject, and all the same when one has spoken of this population that is to be found in France, it’s French Islam or rather it’s Islam that is no longer a religion, one cannot talk of Moslems of France, these are French folk of Moslem persuasion.

So what’s this all about? This concerns – it must be said – population issues and immigration, massive immigration to which our country France attends without – it must be said – either the will or the capacity to integrate and assimilate all these populations into our culture. Why? We’ll soon see, and besides, the subject that can present a certain antipathy between Islam and secularism … you shall see that it’s Islam that is going to permit you to have this glimmer of hope for France’s true values.

So there is a depressing population slump that is to be found here, and that is completely disconcerted, completely lost, and that has to find a role model, whereas there no longer exists any model in France, because of secularism. So today the evil is not Islam, it’s secularism, because since 1789 France has been involved in ex-culturing … an ex-culturing phenomenon because – it must be said – French revolutionaries wanted to – as the revolutionaries used to say – make a “clean break with the past”.

And just what is a “clean break with the past”? It’s to overthrow French society! It’s to overthrow French sociology, to threaten French Catholic religion, and little by little in the place of the Catholic Religion, one has erected atheism as State religion, with a culture of “reason”, and then later the cult of the “Supreme Being”. But a while later, one began to retreat, especially with Napoléon Bonaparte ; thereafter, secularism was enthroned.

Secularism, like other trends is: the cult of reason, the cult of the Supreme Being, and as soon as these notions – and this doesn’t come from me – fade away, freemasonry which is proud of having provoked the French Revolution, with the objective of de-crystallizing France, of severing France from its roots, from its thousands of years old identity, and when I talk of religion, one mustn’t just stress the aspect, I want to say, spiritual, because religion also has a cultural value, and a social value, also a political value, and just to provide you with a little illustration: you can … we can all verify, all remember, the OSM (Organisation du sionsime mondial – World Zionism Organization) that erected almost essentially the creation of the State of Israel on one factor … which one? … it’s to gather all the world’s Jewish believers in order to create a State for them, and to create a nation overnight from scratch – the Israeli nation which is that … a State with a people of the same religion.

And France, unfortunately, today, it’s been two centuries now – but what is two centuries in comparison with a thousand years? – it’s but (excuse me, perhaps I shouldn’t say, but I do say) it’s a detail of our History, it’s a detail in the History of France – I think Jean-Marie Le Pen isn’t here today [hilarity, murmuring].

Therefore … therefore … therefore – and besides it’s not derogatory … after the story about detail there was a change in the dictionary … so two hundred years of what I would call bludgeoning, of propaganda, which is what secularism is, which is not a separation of Church and State as has been claimed, but it’s a disguised manner of continuing the effort to dislocate, to dis-identify France, to ex-culture it, to sever it from its History, from its roots. Such is the objective of this secularism which has become a State religion, and that has become – I would say – a certain dictatorship that imposes itself on one and all. Till the moment … there, one has seen that this movement … there, I would say Islam, the emergence of Islam, of this fear, of this fright … and in fact fear of what? A fright of what? Listen: me, I’m going to tell you something: this winter was very rough, but not from a climatic point of view … I don’t know if you were aware or not: there were many viri. Well, me, what I did this winter, is that I didn’t fall ill at all, I got myself vaccinated. And when I was vaccinated, I took – since I don’t drive, I took the tube, the bus, I walked and sat with everyone and I didn’t fall ill … why? … because my body was immunized.

Today, if France takes into consideration this factor that is inherent to society, like Jews and like Moslems, … who for some are today radicalizing, it’s because they find themselves in an environment which is the French Republic with all this secularism that just creates void, void … not only spiritual but also cultural void. And as Aristotle used to say, Nature hates voids.

That’s what explains that this void is complete, by everything, by these different conversions, as I was saying, to Protestantism, to Islam, to sectarianism, this loss of values, this … I wouls say … this depression some have and that oblige them to hurl themselves into Holy War (jihâd) without even knowing what it is, moreover.

Other people who are issue of this immigration and who have come, as I was saying, and who have no role model … how can you wish to assimilate them to no role model … when they have no vision, when they are in limbo. It’s normal for them all the same to return to their original culture, their culture of origin. Because man is devoted to future research, and I send you back to the Russian example: has Russia after decades of communism, of dictatorship and of atheism been able to faith, after the breakdown of communism?

And today, who is going to permit a man to put an end perhaps to this bad propaganda that has been imposed on us for these past two centuries and that is called secularism? Well, I have found whereas the grand majority of others has not … and it’s for that I was saying that I was immunized … it’s Islam, this movement, this fear that is being mobilized must permit us, must permit the French, to return to their Christian Catholic roots, so that the Catholic religion becomes yet again State religion, the State religion by example, and in this case believe me there won’t be any more fear of Moslems, because the true Catholic State forbids blasphemy, and there will no longer be this problem we just had recently against Charlie Hebdo, and today you cannot attack … why? Because there is no law forbidding blasphemy, because we are in a country that is anti-religion, which is, I would say, more and more anti-French. So that’s the reason for which I find a glimmer of hope in the emergence of Islam.

Bassam TAHHAN,professeur de géostratégie à l’École Nationale Supérieure de Techniques Avancées (Ensta),  

« Pour un islam de France : Islam de réforme ».

Plus que jamais la France a besoin de son Islam qui pourrait même être extrapolé dans le monde musulman.La France offre un climat intellectuel de libre expression qu’envient  beaucoup de pays musulmans ou pas.

Malheureusement, les penseurs réformateurs qui pourraient proposer cet Islam de France sont très rares voire inexistants.

Il est urgent aujourd’hui, vu la tension sociale qui ne cesse de monter, de revoir notre approche institutionnelle ou pas du fait musulman en France.

C’est dans ce sens que je propose une sorte de programme d’études et de recherches des thèmes qui fâchent dans le monde musulman et qui sont pour ainsi dire inabordables.

Je commencerai par la nécessité de revoir l’histoire de la constitution du texte fondateur sans exclure toutes les lectures non canoniques si riches et nombreuses pour l’intelligence du texte et qui à un moment donné de l’histoire ont été condamnées à l’oubli de même que leurs défenseurs.

Je donnerai quelques exemples de ces variantes que j’ai analysées dans mes interventions et ce durant deux bonnes décennies ( les Houris sont-elles des vierges ou du pain blanc,y a-t-il vraiment des versets abrogeant, quel est le sens du mot « hanif »).

Tout comme les autres religions, l’Islam du pays de Descartes et du doute de Ghazali se doit de prendre en considération toutes ces variantes.

Un véritable mouvement de réformes s’impose et ce n’est ni dans le royaume saoudite ni chez les Frères Musulmans que ce travail peut être toléré.

Le second domaine de recherche devrait concerner toute la Tradition Sunna, il s’agit encore une fois de revoir des décisions des islams officiels à travers quatorze siècles qui ont validé ou invalidé des dits du prophète.

Nous disposons aujourd’hui de moyens et d’instruments très puissants pour arriver aux Hadiths authentiques.Il faudrait voir également le statut de la tradition par rapport à celui du Coran,il y règne une confusion déplorable qui se répercute dans tous les domaines du fait religieux et de la vie du fidèle.

Le troisième point devrait réexaminer le concept de califat qui est souvent lié chez de nombreux orthodoxes à la Guerre Sainte.

Tant que ces deux notions n’auront pas été mises à leur juste place,il est impossible à l’Islam d’entrer de plain-pied dans la modernité.

Le quatrième champ est de revoir la théologie qui appauvrit l’islam et qui a été imposée à la majorité des rites condamnant les mutazilites, les soufis et la spiritualité foisonnante d’idées originales, dénoncées par l’histoire de l’orthodoxie, imposée souvent par des monarques pour des raisons socio historiques.

La révision du statut personnel du musulman dépendrait alors des domaines que nous avons cités, mais une fois revisités avec cette volonté réformatrice soucieuse de s’adapter à notre monde moderne (la polygamie,le statut de la femme,le renégat,les mariages mixtes etc…).

L’islam est capable de modernité, il l’a prouvé à travers son histoire.

Malheureusement, l’Islam le plus  répandu dans le monde est celui des époques décadentes, surtout quand on sait que la porte de l’effort personnel « Ijtihad » a été fermée, il y a mille ans.

Les institutions représentatives de l’Islam, que ce soit dans le monde musulman ou ailleurs, n’ont pas été à la hauteur de cette mission novatrice d’où ce grand malaise que nous vivons.

Une rupture épistémologique que j’ai toujours défendue dans mes interventions s’impose et ne peut voir le jour que dans des pays où la liberté de l’opinion est souveraine.

Oui à un Islam de France, celui des réformes dont j’ai évoqué quelques angles d’approche.

Bassam TAHHAN, Geostrategy Professor at the Superior National School of Advanced Techniques (Ensta)

“For an Islam of France: Islam of reform”

More than ever before, France needs its Islam that could then even be extrapolated into the rest of the Moslem world. France offers an intellectual climate of freedom of expression that many countries – Moslem or not – envy.

Unfortunately, reform thinkers that could propose this Islam to France are rare and sometimes inexistent.

It is urgent today, bearing in mind the social tension that increases ceaselessly, to review our institutional approach that is not at all of Moslem origin in France.

It’s in this sense that I propose a sort of study and research program on themes that upset the Moslem world and which are but to mention out of range.

I shall start with the necessity to review the history of the constitution of the founding text, without excluding all the non-canonical readings that are so rich and numerous for textual intelligence and that at a given moment in History have been condemned to be forgotten as there defenders are.

I’ll provide some examples of these variants that I have analysed in my interventions indeed over two good decades (Are Houris virgins or White Bread? – Are There Really any Repealing Verses? – What is the meaning of hanif?).

Just like the other religions, Islam in Descartes’ country and from Ghazali’s doubt needs to take into consideration these variants.

A veritable movement of reform is imposing itself, and it’s neither in the Saudi kingdom nor at the heart of the Moslem Brethren, that this work can be tolerated.

The second research domain should concern the entire Sunna Tradition, once again this means reviewing decisions by official Islams over fourteen centuries and that have validated or invalidated the Prophet’s sayings.

Today we dispose of very powerful means and instruments for reaching authe,ntic Hadiths. It would also be necessary to see the tradition’s status in comparison to that in the Koran, there reigns therein a deplorable confusion that impacts all religious domains and the entire life of the faithful.

The third point should re-examine the concept of Caliphate that is often related in numerous orthodox works of Holy War.

So long as these two notions shall not have been put into their just place, it’s impossible for Islam to enter fully into modernity.

The fourth field is to review the theology that diminishes Islam and which has been imposed on the majority of rites condemning the Mutazilite, the Suffis, and the spirituality pregnant with original ideas, denounced by the History of Orthodoxy, imposed often by monarchs for socio-historical reasons.

The revision of the personal status of the Moslem would then depend on the areas that we have cited, but once revisited with this reforming will anxious to adapt itself to our modern world (polygamy, women’s rights, treachery, mixed marriages, and so forth).

Islam is capable of modernity, and has so proven throughout its history.

Unfortunately, the Islam that is most widespread throughout the world is that of the decadent periods, especially when one knows that the gate of personal effort “Ijtihad” was closed indefinitely a thousand years ago.

Those institutions representative of Islam, whether in the Moslem world or elsewhere, have not had the tenor of this pioneering mission, when this great awkwardness that we have to live. An epistemological breakdown that I have always coined in my interventions, imposes itself and cannot see the light of day but in those countries where freedom of expression is sovereign.

Yes, to an Islam in France, that of reforms of which I have just evoked some angles for approach.

***

Recteur Gérard-François DUMONT, professeur à l’Université Paris-Sorbonne, 

« Un concordat avec l’islam est-il possible en France ? ».

S’interroger sur l’utilité éventuelle d’un concordat avec l’islam en France me parait très important. En réalité, j’ai publié en 1987 un article où je proposais la mise en place d’un concordat en France avec l’islam. Si je rappelle cette date c’est parce qu’elle est importante dans la mesure où nous étions dans une époque où il n’y avait pas les tensions qui existent aujourd’hui et il n’y avait pas non plus cette présence médiatique un peu exacerbée de l’islam qui a démarré en Europe deux ans après, en 1989, d’une part en France avec l’affaire du voile de Creil et d’autre part,  au Royaume-Uni avec ces manifestations de britanniques demandant à Mme Thatcher de censurer les Versets sataniques de Salman Rushdi. C’est donc vraiment à ce moment là qu’on a eu cette intrusion médiatique d’une tension liée à certains visages de l’islam.

Cette proposition était de sagesse qu’il aurait fallu d’ailleurs appliquer avant que les choses s’enveniment. Ce qui a été le cas depuis ! Pourquoi cette proposition?

D’une part, en raison des réalités constatées à l’époque déjà qui allaient se déployer par la suite, en raison d’autre part de la connaissance de l’Histoire de France, parce que tout pays s’appuie sur une longue Histoire qu’il est absolument nécessaire  de connaitre si l’on veut pérenniser cette concorde sociale. Il était clair qu’en 1987 les changements fondamentaux étaient apparus dans la géographie des religions en France dans la mesure où des vagues de migrations résidentielles avaient remplacé les vagues des périodes précédentes, même s’il est vrai que les premières personnes de culture musulmane qui se sont installées en France mais de façon périodique sont arrivées à la fin du 19e  siècle appelées par les grands travaux et venant essentiellement de Kabylie. La plupart de ces personnes étaient vouées à rester temporairement sur le territoire de l’hexagone avant de souhaiter elles même retourner dans leurs pays d’origine.

Ce n’est qu’a compter du milieu des années 1970 que nous avons un changement significatif même si ce changement a été précédé par les vagues de Harkis en 1962 qui installent des personnes de culture musulmane sur le territoire de la République Française.

Après ce milieu des années 1974, pour simplifier, nous pouvons dire qu’il va y avoir deux vagues :

La première va concerner plutôt des maghrébins dont l’arrivée à l’hexagone est plus liée d’ailleurs aux insuccès du développement dans les pays d’Afrique du nord et puis ensuite des vagues d’Afrique Subsaharienne. Le résultat c’est une présence de musulmans sur le territoire français. Ce changement purement quantitatif se complète d’un autre élément c’est qu’auparavant même s’il y avait des musulmans e France c’était essentiellement des musulmans de nationalité étrangère. Le changement qui s’effectue à compter des années 1970, c’est que nous entrons dans une phase post migratoire, la majorité des musulmans en France sont des personnes de nationalité Française soit, parce qu’elles ont acquis la nationalité française, soit parce que la nationalité française leur est attribuée en fonction du code d’attribution de la nationalité ou bien tout simplement parce que ce sont des enfants de France dès la naissance. Dans ce contexte là ; il est intéressant de s’interroger à  comment pérenniser la concorde sociale avec des français issus d’une culture nouvellement présente sur le territoire de la république. J’ai donc revisité notre Histoire de France.

Il faut tout d’abord souligner que penser que la séparation de l’Eglise et de l’Etat en France date de la loi de1905 est une profonde erreur. L’histoire de France est remplie de tensions permanentes entre les dirigeants de France donc les rois, et les dirigeants  religieux. Il suffit pour cela de rappeler ce qui s’est passé  en temps de François 1er et de Louis XIV…

C’est donc absolument une erreur de croire que cette histoire de dualité entre le religieux et le temporel n’aurait fait l’objet d’un règlement qu’en 1905 alors qu’elle a fait l’objet de consensus au fil des disputes périodiques et au fil des siècles.

Donc dans ce contexte la France a été amenée en 1801 à signer un concordat après toutes les tensions qui se sont déployées surtout dans la phase révolutionnaire de la révolution à savoir en 1793. Ce concordat de 1801 organise des relations apaisées entre d’une part l’Etat et d’autre part les trois confessions présentes en France à cette époque là, c’est à dire : le culte catholique, le culte protestant luthérien et le culte protestant réformé.

Ce concordat fonde une façon d’apaiser et de mettre en œuvre la liberté religieuse qui va d’ailleurs non pas être pérennisé sur la totalité du territoire puisqu’il y aura ensuite la loi de 1905, mais qui sera pérennisé en Alsace Moselle. Il  est important de noter que lorsque les allemands s’emparent de l’Alsace Moselle en 1870 – 1871, ils n’appliquent pas en matière religieuse,  les lois du Reich allemand mais ils laissent la règle du concordat  de 1801 en Alsace Moselle.

Au fil des années la France réalise qu’il y a une autre religion présente sur son territoire, c’est la religion israélite. Et pour cette religion, l’idée est de trouver une solution concordataire et ceci est assez difficile car ce culte israélite est très diversifié puisque issu de diaspora différente et donc on ne peut pas le qualifier d’unifié. Le pouvoir parisien, en l’espèce Napoléon, puisque nous sommes sous le 1e Empire, décide d’organiser une assemblée des juifs de France pour discuter de comment parvenir à une solution concordataire. Dans ce dessin, il est décidé que les juifs seront  représentés de façon territoriale, donc nous avons 111 député de 111 circonscriptions territoriales qui correspondent aux départements, parce qu’il ne faut pas oublier les départements français d’Italie puisqu’à cette époque là l’Empire français s’étend jusque dans l’Italie actuelle.  et vont être réunis a paris en 1806 111 députés juifs dans la chapelle Saint Jean , disparue aujourd’hui.

L’Etat de son coté, considère que l’apaisement  des relations avec l’ensemble des personnes présentes sur le territoire suppose que cette assemblée représentative des juifs de France réponde à 12 question qui sont mises à l’ordre du jour de cette réunion, nous sommes en 1806 mais il y a des thèmes qui méritent toujours notre réflexion :

1° est il licite aux juifs d’épouser plusieurs femmes ?

2° le divorce est il permis par la religion juive ? sachant qu’à l’époque le divorce était interdit dans le code civil français.

3° une juive peut elle se marier avec un chrétien et une chrétienne avec un juif ?

4° aux yeux des juifs, les français sont-ils leurs frères ou sont-ils des étrangers ?

5°  dans l’un et l’autre camp, quels sont les rapports que leur loi leur présente avec les français qui ne sont pas de leur religion ?

6° les juifs nés en France et traités par la loi comme citoyens français regardent- ils la France comme leur partie? Ont ils l’obligation de la défendre ? sont-ils obligés d’obéir aux lois et de suivre les dispositions du code civil ?

7° qui nomme les rabbins?

8° quelle juridiction de police exercent les rabbins parmi les juifs ? quelle police judiciaire ?

9° ces formes d’élection, cette juridiction de police judiciaire sont-elles voulues par leurs lois ou simplement consacrées par l’usage ?

10° est-il des professions que la loi leur défend ?

11° la loi des juifs leur défend-elle de faire l’usure à leur frère ? parce qu’on est dans une ambiance qui compte tenu du contexte de l’époque, les juifs participent de manière assez importante aux prêts d’argent, ce qui soulève beaucoup de débats.

12° la loi des juifs leur défend-elle ou leur permet-elle de faire l’usure aux étrangers ?

Les 111 députés vont discuter sur ces questions pendant des mois et vont donc s’étaler jusqu’en 1807 et vont être amenés à apporter des réponses qui ne sont pas simples, parce que ces députés viennent de régions différentes avec parfois des particularités qui leur sont propres. Finalement les conclusions de cette réunion vont déboucher sur les décrets du 18 mars 1808 qui vont étendre le concordat de 1801 au culte israélite qui va s’ajouter aux trois cultes évoqués plus  haut.

Certes, l’histoire ne se répète pas, 2015 n’est ni 1801 ni 1808. Ces enseignements de l’histoire sont tout de même instructifs, c’est à dire que parvenir à la concorde sociale suppose nécessairement de clarifier les relations entre l’Etat et les différents cultes.

Bien sur, on peut penser que parvenir à un concordat avec l’islam en France est difficile compte tenu de la diversité des représentants de l’islam mais en même temps, et j’insiste,  c’était absolument le cas du culte israélite au début du 19e siècle et donc  le fait que l’islam en France soit aux multiples visages ne doit pas être considéré comme un obstacle pour aller vers cet objectif qui parait indispensable pour construire une société apaisée où règne la liberté religieuse.

Recteur Gérard-François DUMONT, Professor at Sorbonne University, Paris

“Is a settling of accounts with Islam possible in France?”

It appears to me very important to question oneself on the eventual utility of coming to an agreement with Islam in France.

In reality, in 1987 I published an article in which I proposed that France and Islam establish an accounts settling program. If I remember the date, it’s because it’s important in that we were in a period in which today’s tensions didn’t exist and there also wasn’t any media presence somewhat exacerbated by the Islam that started arriving two years later, in 1989 in Europe, on the one hand in France with the affair of the Creil Veil and on the other in the United Kingdom with British demonstrations requiring that Mrs Thatcher censure Salman Rushdie’s Satanic Verses. So it’s really at that moment that we had this media intrusion into certain faces of Islam.

This proposition was of a wisdom that was to become applied necessarily, before things got too infected. Yet since then, that’s exactly what has happened! So why and whence this proposition?

On the one hand, because of realities already observed at the time and that were going on to unfurl thereafter, and on the other, because of awareness of the History of France, since every country relies on the longest possible History that is in turn necessary to know well if one intends to have lasting social concord. It was clear that in 1987 fundamental alterations appeared in the geography of France’s religions, in the measure that waves of residential migrations had replaced the waves of preceding periods, even if it’s true that the first persons of Moslem culture that settled in France but on a periodic basis, came over at the end of the 19th Century, attracted by the great work-sites, and essentially from Kabylia. Most of them were set on remaining temporarily French national territory before desiring of themselves to return to their country of origin.

It’s only as from the middle of the 1970s that we have significant change, even if this change was preceded by waves of Harkis in 1962 who settled persons of Moslem culture on the national territory of the French Republic.

After the mid-70s, we can simplify by noting that two waves arrived: the first goes on to concern rather the North-Africans whose arrival in France is more related, moreover, to the lack of developmental success in the North-African countries, then there followed the waves from Subsaharan Africa. The resultant: maintained moslem presence in France. This purely quantitative change is completed by yet another variable: beforehand, even if Moslems lived on in France, they were essentially Moslems of foreign nationality. The change that intervenes as from the mid-70s, is that we enter into a post-migratory phase: the majority of Moslems in France are of French nationality, either because they acquired the nationality, or because it was attributed to them in the context of the Code of Attribution of French Nationality, or indeed because, born in France, they were considered children of France as from birth. In that context, it’s interesting to answer the question: How to have last the social concord with French citizens issue of a culture that is newly present on the Republic’s territory? Therefore, I revisited our History of France.

First of all, it’s necessary to underline that to think that the separation of Church and State in France dates back to the Law of 1905 is a profound error. In fact the History of France is full of permanent tensions between France’s leaders – as it happened: the Kings, the clergy notables. And for that, it suffices to remember what happened at the time of François 1st and of Louis XIVth.…

Therefore it’s absolutely in error to believe that the history of duality between the religious and the temporal was only settled in 1905, whereas it attained consensus as a result of periodic disputes over centuries.

Therefore, in this context, France was brought to sign in 1801 an arrangement in the wake of all the tensions that were unfurling, especially during the actual revolutionary phase of the Revolution, in fact in 1793. The 1801 Arrangement organizes the appeased relations between on the one hand the State, and on the other the three confessions present in France at that time, precisely: the Catholic cult, the Lutheran Protestant cult and the Reformed Protestant cult.

This Arrangement establishes a procedure for appeasing and operationalizing religious liberty that, moreover, is not to be made to last throughout the whole territory since thereafter it has to be completed by the Law of 1905, though it does last in the Alsace-Moselle Region. It is important to note that when the Germans took Alsace-Moselle in 1870-1871, they did not apply – with regards religious matters – the laws of the German Reich, but they enforce the 1801 Arrangement throughout Alsace Moselle.

As the years pursued each other, France realizes there is yet another religion present on its territory, it’s the Israeli religion. And for this religion, the idea is to find an acceptable arrangement, and this is quite difficult because the Israeli cult is very diversified as a result of disparate diaspora origins, and therefore one cannot treat it as one unity. The powers that be in Paris, as it happened: Napoléon, considering we are then under the 1st Empire, decides to organize an Assembly of Jews in France, in order to discuss how to reach an acceptable solution.

In this design, it is decided that Jews shall be represented according to territorial criteria, so we have 111 members of Parliament for the 111 territorial constituencies that correspond to the Departments (one mustn’t forget the French departments in Italy: at that time the French Empire extended into Italy). The 111 Jewish members of Parliament are reunited in Paris in 1806, at Saint Jean’s Chapel that no longer exists.

The State officially considered that the appeasing of relations between all parties present on the Territory supposed that this assembly representative of Jews in France responded to 12 questions on the Assembly’s agenda: the year is 1806, but some themes still deserve our attention:

1° Is it acceptable for Jewish men to wed several women?

2° Is divorce permitted by the Jewish religion? (…bearing in mind that divorce was forbidden by the French Civil Code)

3° Can a Jewish woman marry a Christian, also can a Christian woman marry a Jew?

4° For Jews, are the French their brothers, or are they foreigners?

5° On both sides, what relations do the laws provide for French nationals of different religions?

6° Do Jews born in France and treated by the law as French citizens, consider Fra,nce as their Fatherland ? Do they share the obligation to defend the country? Do they feel obliged to obey national laws and to follow the instructions of the Civil Code?

7° Who appoints Rabbis?

8° What form of policing do Rabbis administer within the Jewish community? What form of Judiciary police is foreseen?

9° Electoral procedures, judiciary police competence … are they foreseen by formal laws or simply following on custom, usage and tradition?

10° Does Jewish law forbid certain professions?

11° Does Jewish law forbid requiring money interest from one’s brother? (In fact, at the time the Jews indulged importantly in money-lending, and there were many debates on the matter)

12° Does Jewish law prohibit or permit usury towards foreigners?

The 111 members of Parliament were to discuss these questions over a period of some months running into year 1807, and were to provide answers that are not simple, because these members of Parliament came from different regions having their own particularities. Finally, the assembly’s conclusions gave onto the 18th March 1808 Decrees that extend the effects of the 1801 Arrangement to the Israeli cult that then is added to the three other cults evoked above.

Certainly, History doesn’t repeat itself precisely: year 2015 is neither 1801 nor 1805. These teachings from History are nevertheless instructive, which means that to attain social concord presupposes necessarily clarifying relations between State and these different cults.

Of course, one may think that to reach an arrangement with Islam in France is difficult, because of the diversity and nature of Islam’s representatives, but at the same time, and I insist, that was absolutely the case of the Israeli cult at the start of the 19th Century, so the fact that Islam in France has many faces must not be considered as an obstacle for reaching this objective that appears indispensable for constructing an appeased society where religious liberty reigns.

 

***

Débat général.

***

Conclusion

Professeur Patrick  DOMBROWSKYDirecteur de l’Observatoire d’Analyses des Relations internationales Contemporaines.

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here