Le Golan : quel avenir pour un plateau annexé ?

Fayçal JALLOUL, écrivain et journaliste spécialiste du Moyen Orient

Comment peut-on expliquer la décision du président américain Donald Trump de céder le Golan syrien occupé à l’État hébreu? Cela change-t-il les rapports de force dans cette région? Est-ce que l’avenir de ce plateau stratégique est celui d’Israël même! et rétablira ainsi la considération pour le projet du Grand Israël? Que peut faire la Syrie pour défendre son pays et récupérer le plateau? Tenait-elle à une loi internationale qui n’est pas respectée par le pays le plus puissant du monde? Qu’en est-il de l’interdépendance entre le Golan, les fermes de Shebaa et Kafr Rashuba occupées dans le sud du Liban structurellement liées au destin des hauteurs du Golan parce que la frontière libano-syrienne dans cette région n’était pas tracée et donc difficile à séparer la part libanais de la part syrienne?

Ces questions ont été soulevées lors de l’initiative de Trump en mai dernier. La ou les réponses à ces questions nécessite(ent) un peu de recul en arrière : Israël a occupé le plateau syrien en 1967 et en a abandonné une partie en 1974. À cette époque, il a adopté une politique de nettoyage ethnique : il a chassé des Arabes, des Turkmènes et des Circassiens du Golan et a gardé 20 000 citoyens druzes dans cinq villages. En revanche, il a construit 30 colonies habitées par plus de 40 000 colons. Netanyahu a promis de construire une colonie privée nommée Trump en gage de sa promesse de donner les hauteurs du Golan à l’État hébreu.

La politique de nettoyage ethnique a conduit à la destruction de 300 villages et fermes syriens et, par conséquent, à l’élimination des infrastructures humaines susceptibles de permettre une résistance armée, mais cela n’a pas empêché Damas et ses alliés de constituer des réseaux de résistance contre l’occupation israélienne, notamment au Liban, en Irak, en Syrie et en Iran. Cela signifie que l’avenir du plateau devenu israélien n’est pas garanti, tout comme le grand projet du grand Israël.

Il est impossible de  parier sur la paix en annexant les hauteurs du Golan à l’Etat juif. Rien n’indique que la Syrie se conformera à cela et acceptera donc la paix avec Israël sans les hauteurs du Golan, mais tout indique que l’axe de la résistance possède désormais une carte maitresse pour mettre toute la région sur le chemin de la libration de la Palestine et du Golan.

L’avenir de la région est en jeu de guerre, qui sert temporairement les intérêts électoraux de Trump et de Netanyahu, mais va dans le sens de ce que l’ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert avait mis en garde après la guerre de 2006 au Liban : Israël va regretter chaque instant perdu sans réaliser la paix avec ses voisins arabes.

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