Le terrorisme

Résumé :

Définition du terrorisme, ses idéologies, commanditaires et démarches. Le terrorisme artificiel, le terrorisme manipulé, le financement du terrorisme,…  Exemples et cas de figure.

Summary:

Definition of terrorism, its ideologies, leaders and operations. Artificial terrorism, manipulated terrorism, the financing of terrorism…. Examples and case studies.

Jean-Louis DUVIGNEAU

Né à Bayonne en Pays-Basque français en 1944, étudie à Bordeaux, Tripoli, Heidelberg et Wolverhampton, lettres classiques et modernes ; War Studies à Wolverhampton. Professeur et traducteur d’Allemand et d’Anglais. Etudie aussi les langues orientales (Arabe, Japonais, Chinois).

Fonde au Venezuela en 2010 le Centre Bolivarien de Documentation et d’Analyse Stratégiques et contribue régulièrement à la publication ‘Ambito Civico-Militar’ de l’Etat-Major de l’armée vénézuélienne.

Auteur d’ouvrages et d’articles de géopolitique, de métaphysique, de polémologie et d’histoire, notamment de la Révolution et de l’Empire.

Tenants et aboutissants

Terroriste. Le terme désigne une organisation, étatique ou non, armée conventionnelle ou clandestine, qui frappe les dirigeants politiques, industriels, militaires ou autres d’un pays, ou encore, plus fréquemment, sa population ; ceci en vue d’infléchir la politique de ce dernier. Le terrorisme est donc un acte de guerre, civile ou étrangère, plus précisément de guerre psychologique, car c’est le psychisme des masses et/ou de leurs dirigeants qu’il s’agit de frapper à travers le physique des victimes. Le volume de destruction sera ainsi déterminé en fonction de l’ampleur ou de la profondeur du choc psychologique à produire. Le terrorisme est une stratégie essentiellement psychologique qui peut certes rechercher tout un éventail d’effets à atteindre, dans tout autant d’objectifs et de buts qu’il est possible au cerveau politico-militaire responsable de cette stratégie d’en définir. Nous en retiendrons ici deux principaux, selon que cette stratégie est menée par une armée conventionnelle ou clandestine.

Dans le premier cas, le type de conflit est de nature conventionnelle : deux puissances en guerre s’en prennent aux populations, les soumettant à des destructions et à des souffrances quotidiennes afin de les décourager de la poursuite des hostilités, de les désolidariser de leur commandement politico-militaire qu’il s’agit de dénoncer comme responsable du conflit et de ses conséquences en même temps qu’incapable de protéger ses administrés. Cette stratégie s’est développée au 20e siècle, grâce aux moyens de destruction et aux vecteurs propres à l’aviation de bombardement stratégique. L’emploi de cette dernière, notamment, a donné naissance, au cours de la Guerre 1914-1918, aux théories du général italien Douhet, à l’origine soucieux de réintroduire, fût-ce dans les airs, le mouvement que la « guerre des tranchées » avait figé sur terre, développant subséquemment une stratégie de destruction de l’appareil logistique de l’ennemi, puis enfin de destruction de ses centres urbains. Cette stratégie fut systématisée par les Anglo-saxons lors du conflit suivant, puis encore en Indochine et en Irak, sans d’ailleurs obtenir les résultats escomptés, les populations prises en mains par des appareils politico-militaires forts et organisés se resserrant autour de ces derniers.

Le second cas débouche sur une analyse beaucoup plus complexe, en fonction de la nature clandestine des acteurs. Car si on peut en général identifier les victimes d’un attentat, les acteurs, eux, demeurent dans leur nébuleuse et avec eux la stratégie qu’ils sont supposés suivre ainsi que le cerveau orchestrant cette dernière. La question la plus raisonnable en vue de leur identification et avant même toute analyse de leurs moyens et de leur technologie, demeure : A qui profite le crime ? Ou encore : quelle est sa cible réelle, politique ; ceci dit en admettant que les victimes ne soient qu’un moyen, la cible réelle étant une entité politique ou plusieurs simultanément. Comme dans le premier cas, il s’agira de culpabiliser et de discréditer un appareil politico-militaire qui n’a pas su préserver le pays des maux dans lesquels une politique imprudente l’a engagé. L’autre victime de la stratégie sera le groupe politique auquel est attribuée la responsabilité de cette stratégie, tant il est évident que le juste courroux de la population frappée pourra être canalisé par les media en vue d’avaliser la mise hors la loi et la répression du groupe en question. Il se greffe là-dessus des effets plus vastes, telles la transformation du pays en régime policier, sa déstabilisation politique et sociale, ou encore des conséquences économiques graves.

Dans ces deux principaux cas de figure, le « moyen » reste le même : frapper la population en gros ou en détail, selon d’une part les moyens dont on dispose, selon d’autre part que l’on veuille donner un simple coup de semonce ou frapper massivement et pour de bon. Dans ces deux cas, il s’agit de tuer, de blesser, de traumatiser à vie des milliers d’innocents. Un terroriste est donc un individu ou un groupe au service d’une des stratégies évoquées, qui délibérément y participe et accepte donc d’être acteur principal ou complice du crime qu’elle implique.

La nature nébuleuse que nous avons dite favorise le type d’opération qu’en jargon des services spéciaux on désigne par ‘false flag’, avec son pendant, le ‘self inflicted’. Il s’agit donc de mener une action dont on attribuera à d’autres la responsabilité, allant même jusqu’à infliger à son propre peuple ou à son armée ou à sa police des coups dont on rendra responsable celui à qui on veut déclarer la guerre ou que l’on veut désigner à la vindicte populaire ou à la répression policière. Les stratèges américains sont passés maîtres dans cet art et je citerai ici 3 exemples: l’affaire du USS Maine, du USS Liberty du 8 juin 1967 et l’opération Northwoods de 1962.

Il est facile de créer artificiellement une organisation terroriste en recrutant et manipulant des asociaux, des déséquilibrés, des drogués en particulier, de leur faire commettre des attentats dont on rendra responsable leur communauté, leur parti s’ils en ont un, pour ensuite désigner ce parti ou cette communauté à la vindicte populaire et à la répression policière.

Une fois cette orgnisation créée, elle fera boule de neige, engendrera sa propre dynamique et il suffira pour ses manipulateurs d’en garder le contrôle grâce à leurs agents infiltrés au niveau de la décision.

Mais sortons du général pour passer au particulier qui nous touche quotidiennement, notamment au terrorisme prétendu ‘islamique’. Il est bon de replacer celui-ci dans son contexte historique qui est celui de la fin de la ‘guerre froide’. Cette époque charnière est marquée par le défaite des Soviétiques en Afghanistan, avec la création des talibans en 1989 et l’instauration d’une république wahabite à Kaboul. On avait jusque là en Europe un terrorisme qui, curieusement, n’était pas attribué au Pacte de Varsovie mais aux séparatistes, en particulier basques et irlandais, frappant donc deux puissances membres de l’OTAN, atlantiques et de tradition navale et coloniale, entrant donc directement dans la géostratégie de Washington jadis définie par Mahan sur le modèle britannique de Lloyd (ceci dit en mentionnant le terrorisme épisodique de Gladio, de la RAF en Allemagne et en Italie dans les années 70 et 80). Comme par enchantement, le terrorisme de l’ETA et de l’IRA sont nés (à la fin des années 60) et ont disparu simultanément pour faire place au terrorisme prétendu islamique.

La plus grande ‘false flag operation’ est sans doute la création par les services spéciaux US avec le concours des Séoudiens d’un faux ‘islam’, destiné à créer un nouvel épouvantail, après la disparition de celui créé en 1917 à Moscou par la coopération des services spéciaux yankee, de la communauté ashkenaze russe et de l’Etat-Major allemand, qui jouera avec succès son rôle jusqu’à 1989. Avec sa disparition, l’OTAN a besoin d’une nouvelle justification. Elle est fournie par le ‘radicalisme islamique’ qui correspond à une nouvelle extension vers l’Est de l’axe de déstabilisation, qui va désormais du Xinyang chinois jusqu’au Sahara occidental.

Ce phénomène satisfait plusieurs exigences de la stratégie américaine :

– Il fournit une nouvelle justification à l’OTAN et au rôle des USA comme gendarme mondial ;

– Il contribue à l’hostilité contre la République Islamique d’Iran.

– Il génère l’islamophobie à l’échelle mondiale et ainsi occulte le système authentiquement islamique, notamment son système financier qui constitue une véritable alternative au Capitalisme basé sur l’Usure.

– L’islamophobie génère la sympathie pour le sionisme, et des tentatives avortées ont été faites par Israel en direction tant de Pékin que de Moscou sur le thème de la lutte commune contre l’Islamisme.

– Contrairement aux forces du pacte de Varsovie identifiables nationalement et délimitables géographiquement, le ‘radicalisme islamique’ est diffus et présent tous azimuts. Ceci le rend beaucoup plus difficile à combattre mais ceci fait le jeu du gendarme universel, légitimisant son droit d’ingérence dans tous les pays sous prétexte d’y combattre le terrorisme.

– Dans la mesure où le terrorisme s’inscrit dans la stratégie de déstabilisation, il constitue un moyen de chantage sur les Etats. Ainsi au cours de l’été 1944, l’OSS infiltra-t-elle des groupes terroristes à travers les Pyrénées afin de forcer Franco à accepter l’installation de bases américaines en Espagne ; ainsi l’attentat à Bogota au lendemain de la rencontre Santos-Chavez, ainsi les attentats du metro parisien au moment où J. Chirac voulait reprendre le programme atomique français… et aujourd’hui le terrorisme en Turquie qui apparemment n’eut pas l’effet escompté puisque Erdogan s’en alla à Moscou après avoir maté le coup d’Etat monté par l’organisation Gülen et ses commanditaires de la CIA.

– Enfin une organisation terroriste ou de crime organisé peut agir pour le compte des services spéciaux de son pays, afin d’accomplir ses tâches les plus répugnantes, en dehors de la légalité. Ce fut le cas en France avec les barbouzes des années 60.

– C’est précisément son caractère diffus et informe qui fait la force du terrorisme, qu’il soit pratiquement impossible de le contrer au niveau tactique. Sa faiblesse essentielle réside dans sa logistique, notamment au niveau des communications et du recrutement ; à moins que celle-ci ne soit prise en mains par une puissance étrangère, qu’elle soit étatique ou privée. A moins bien sûr que les terroristes agissent sous le couvert de leur propre gouvernement. Quoi qu’il en soit, il en découle qu’une organisation terroriste ne peut survivre et se développer que grâce à des mécènes puissants. Assimilable à un auxiliaire illégal, il importera à ce que la logistique, armement, financement, etc. de l’organisation terroriste se fasse ‘au noir’, mieux encore qu’on lui donne au départ les moyens de subvenir à ses besoins.

Ainsi le narco-trafic est-il étroitement lié au terrorisme, d’une part parce que c’est là un puissant moyen de financement, d’autre part parce que c’est là un moyen de recrutement et de contrôle des membres de l’organisation (L’organisation Tabligh recrute au Pakistan et en Inde les junkies et les tient ainsi en les alimentant en drogue venant essentiellement d’Afghanistan). Il est en outre connu que dans les territoires qu’elles contrôlent les organisations terroristes, qu’il s’agisse des Wahabites en Libye ou des Kurdes en Irak, tirent des ressources colossales de l’exportation du pétrole, vendu à 50% du prix en bourse.

Voilà une série d’éléments à prendre en compte pour comprendre le phénomène terroriste, à plus forte raison pour le combattre.

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