Oil, banks and guns – how we fail fighting terrorism

Dr. Peter PILZ, député vert autrichien:

PETROLE, BANQUES ET TRAFIC D’ARMES .

Je ne parlerai pas ici de religion, je parlerai du financement du terrorisme, je ne suis pas de Vienne mais du sud est autrichien, de la région de Styrie, proche de l’Albanie, dont la capitale est Graz.

A Graz, depuis quelques années, nous avons découvert  huit  nouvelles mosquées salafistes, elles ne sont pas spécialement dangereuses,  elles regroupent six cent croyants, venant tous de la partie Nord -Ouest de la Bosnie, dans la plus pauvre des régions d’Europe, où se sont édifiés des villages entièrement  et exclusivement musulmans, communautés  financées par les pays arabes et par des donateurs privés.  Ils en ont fait leur territoire.

J’ai travaillé pendant trente ans avec les services de renseignement militaires, et parle en fonction  de qui a été déjà publié ou de ce qui le sera bientôt. A la question d’où vient cet argent exactement, je peux tenter de répondre ainsi :

D’après ce que nous savons, d’abord il y a une vieille tradition saoudienne de financement, qui remonte à la guerre civile en ex-Yougoslavie, mais il y a aussi, depuis une décennie,  de plus en plus de donateurs privés du Qatar et du Koweit. Alimentant ce  fonds appelé WELFARE. Selon les mêmes sources, Welfare est connecté avec Al Qaida, avec des transferts  via le Royaume uni et des comptes suisses à Genève. Ces flux ont été interdits depuis peu sur le papier, grâce aux directives de l’Union européenne notamment. Mais là, je parle en tant qu’économiste,  ce n’est pas si compliqué de financer le terrorisme. C’est un peu plus compliqué de construire un état, à partir d’une armée de combattants payés 200 dollars par mois, issus de pays variés,  dans un immense territoire peuplé de huit millions d’habitants. Surtout si on prend en compte le fait qu’une condition ne peut être oubliée : l’Etat islamique doit être un pays aux frontières ouvertes pour se constituer. Frontière ouverte d’abord sur l’Arabie saoudite,  pays nourricier, mais aussi sur  le Koweit,  la Turquie,  le Qatar et pour les trafics d’armes spécifiquement,  sur Abu Dhabi., aux frontières de l’Arabie.

 Arrêtons-nous sur le cas du Qatar. Personne ne craint le Qatar, c’est un tout petit pays. Alors pourquoi la communauté internationale n’intervient-elle pas ?  Parce que cette zone de guerre est nécessaire pour permettre l’exportation  du pétrole et du gaz dans le monde entier.  Pourtant, le financement de Daesch  en Syrie et en Irak est basé à Doha, capitale du Qatar, c’est de notoriété publique. Et cela se chiffre en millions de dollars, chaque année.

 Avec la Turquie, les problèmes sont différents, et ils sont rendus encore plus complexes avec la partition kurde. Qu’il y ait eu une politique turque de laisser passer des combattants de Daesch, cela ne fait aucun doute. L’implication du gouvernement d’Ankara est claire,  c’est son degré qui est encore inconnu. Parallèlement,  le gouvernement kurde a joué aussi son rôle dans le trafic de pétrole à la frontière turque, sans oublier le concours de la criminalité internationale qui tire bénéfice de toutes les zones de conflits.

Pour  Daesch, il y a d’autres fournisseurs  d’armes, à travers le marché noir de vieilles kalachnikovs russes transitant par la Turquie ; à travers les acheminements depuis l’Arabie saoudite et depuis  Abu Dhabi,  devenu, depuis la plus cruelle phase de la guerre du Liban il y a vingt ans, le plus important point de convergence, de transfert et de vente du globe. Alimentant au passage toutes les guerres civiles africaines en Somalie, Yémen, Soudan etc…

Avec tous ces éléments, vous en arrivez assez vite à la conclusion qu’il est impossible que le projet d’Etat islamique se développe dans l’isolement uniquement en Irak et en Syrie.  Il faut tenir compte pour ce projet de la géopolitique des pays frontaliers.

Revenons à la question du Qatar.  Le Qatar est aujourd’hui quelque chose comme le jumeau riche de Daesch. Alors que le rôle géopolitique de l’Arabie Saoudite est devenu incertain désormais et encore plus dans l’avenir. Alors que le Koweït est politiquement divisé en guerres de factions, avec toutes sortes de clans,  dont certains bien sûr  soutiennent Daesch, alors qu’Abu Dhabi reste the « Market place » de toute la région, alors que le rôle de la Turquie est encore inconnu, vous en tirerez la conclusion qui s’impose vous-même : pour isoler Daesch en Irak et en Syrie, il faut d’abord isoler le Qatar. C’est la première étape incontournable. Pour aller vers une résolution du problème, il faut isoler le Qatar économiquement, politiquement et culturellement. Il n’y a aucune autre solution et cela passe par une intervention militaire. Afin de leur donner une leçon de démocratie qui porte ses fruits, en engageant une politique commune pour soutenir tous ceux qui se battent pour nos valeurs démocratiques.

Une autre question doit être prise en compte, celle de la vieille rivalité entre l’Arabie saoudite et la Turquie. A l’heure où le gouvernement Erdogan a signé des accords avec l’Union européenne, l’Etat turc, qui s’était « ottomanisé » ces derniers temps, va-t-il tenir compte des attentes d’une société civile plus européaniste ? La rivalité entre ces deux puissances n’a pas de conséquences sur l’évolution des combats engagés en Irak et en Syrie, mais incarne le combat pour la prédominance dans le groupe sunnite, et a beaucoup de conséquences pour le dialogue avec l’union européenne. Or, depuis peu, le gouvernement turc a complètement changé de stratégie.

Alors que Ryad s’accroche à sa stratégie habituelle, la nouvelle stratégie d’Ankara  a beaucoup à voir avec l’éducation et les nombres. La Turquie investit lourdement dans les écoles, les universités, le renseignement.  Ainsi le MIT est très présent en Autriche et en Allemagne pour recruter des émigrés turcs et développer un réseau  d’éducation turc à travers des liens culturels renforcés. Ces recrutements génèrent parfois des troubles sur place en Allemagne et en Autriche.  Alors que le gouvernement Erdogan a officiellement rompu avec la droite européenne, ces incidents se révèlent incompatibles avec les règles de la démocratie. C’est en effet franchir la ligne rouge que de s’immiscer dans les affaires intérieures d’un pays d’accueil.  Droit de non-ingérence oblige. C’est un problème qu’il faut régler avec les autorités turques et les parlements des pays concernés.

Le cas de l’Arabie saoudite est différent, car il n’y a pas tellement de Saoudiens vivant en Autriche et en Allemagne. Mais ceux qui y ont émigré édifient un système éducatif sectaire, afin de contrôler toutes les mosquées autrichiennes. Comment réguler dans le futur proche ces communautés émigrées ? Qui forme les prédicateurs, qui les contrôle,  qui les finance ?

Je finirai avec quelques propositions : il faut s’assurer qu’il n’y a pas d’infiltration turque, via le MIT, dans le système autrichien ; c’est une des questions que  posent les parlementaires autrichiens, pour contribuer à résoudre la crise du Moyen Orient et ses conséquences.  Sur le terrain des conflits, il faut commencer à dialoguer avec le Qatar, le Koweït et l’Arabie Saoudite, puis se mettre à dialoguer autrement avec les autorités turques, en initiant de nouvelles méthodes, fortes des acquis de la diplomatie européenne, afin de progresser sur le chemin  de la résolution de cette crise majeure.

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