Splendeur et misère du Patrimoine du Yémen ?

Anne Regourd Université de Copenhague Courte biographie Anne Regourd est responsable scientifique du Programme de sauvegarde des manuscrits de Zabid (Yémen) depuis 2001. Ceci l’a conduite à œuvrer à la conservation et à la mise en valeur d’autres bibliothèques, au Yémen. Récemment, elle a travaillé sur différentes collections de manuscrits du Yémen en Europe. Depuis juillet 2015, elle est l’expert-manuscrit du groupe mis en place par l’UNESCO pour monter des actions d’alerte autour du patrimoine du Yémen. À ce titre et sur l’invitation d’Hervé Féron, Député à l’Assemblée nationale, elle a organisé un Colloque au Palais Bourbon en juin 2016. Au travers de la revue qu’elle dirige, les Chroniques du manuscrit au Yémen, www.cdmy.org, elle poursuit également cette œuvre de mise en valeur.

 

Résumé Pour des raisons historiques, le Yémen recèle une richesse exceptionnelle en manuscrits. Illustrant les disciplines les plus variées et, pour les sciences religieuses, différentes doctrines, dont les plus médiatisées sont le zaydisme, souvent trop rapidement qualifié de chiite, et le sunnisme, ils témoignent en tout premier lieu des préoccupations des savants (ulémas). La plupart de ces manuscrits se trouve dans des bibliothèques privées : ceci fait à la fois la force et la faiblesse de ce patrimoine. L’évolution des travaux sur la culture et le patrimoine fait qu’aujourd’hui, on n’oppose plus vies humaines et patrimoine. De nombreux syriens ont montré combien c’était juste au péril de leur vie. Les manuscrits du Yémen sont exposés à différents types d’atteintes depuis les événements qui ont suivi le Printemps arabe à l’instar d’autres aspects du patrimoine matériel et immatériel. Cependant, ces atteintes sont beaucoup plus difficiles à « suivre » et à évaluer que lorsqu’il s’agit d’architecture ou de sites archéologiques. Elles vont de la destruction pure et simple (bombes, combats de rues, explosions « exemplaires » de mausolées de saints, incendies se propageant, etc.) à la sortie illégale du territoire. L’énoncé seul de ces deux cas permet de montrer la complexité du problème : si un bâtiment détruit peut « se voir », il en est autrement de la destinée de ce qui se trouve à l’intérieur, qui demeure parfois intact et peut éventuellement faire l’objet d’un pillage. La sortie illégale du territoire peut avoir pour origine une vente individuelle, ponctuelle, de manuscrits privés, commandée par exemple par la nécessité d’une rentrée d’argent à un moment où les revenus s’amenuisent. Mais les manuscrits font aussi l’objet d’un commerce organisé qui s’appuie sur de multiples complicités. Si le phénomène – de même que les pays de destination – n’est pas nouveau et est bien antérieur aux événements qui déchirent actuellement le pays, il est certain qu’il a à présent toute latitude. Enfin, il ne faut pas négliger les ventes par le web. Parmi les nombreuses questions soulevées par ces quelques lignes, nous voudrions mettre l’accent sur la nécessité de « cartographier » et d’évaluer les dégâts par constitution d’une archive pour reconstruction. Et poser le problème de la réalisation d’une telle archive aujourd’hui pour le Yémen de l’avenir.

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